Si vous entrez dans la ville d’Aster, tout vous semblera normal. Mais il ne faut pas vous fier aux apparences.
Il y a de cela douze années, une pluie d’astéroïdes a touché la ville. Ces astéroïdes, très spéciales, provenaient d’une galaxie lointaine, dont on ne connait toujours pas l’existence.
Trop occupés à réparer les dégâts, nous n’avons pas remarqué ce que ces astéroïdes emmenaient avec elles. Mais quelques semaines plus tard, certains ont soudainement eu des comportements étranges. Certains contrôlaient tout à coup le feu, d’autres étaient capables de voler.
Mais nous avons remarqué que ces nouveaux pouvoirs touchaient aussi les vilains de la ville. C’est ainsi que se créa le Quartier Général, QG pour les intimes. Un regroupement de super-héros qui protègent les citoyens d’Aster. Nous avons, au moment où j’écris cette lettre, réussit à arrêter plus d’une centaine de vilains, prisonniers dans la prison municipale.
Notre secret ? Notre escouade d’adolescents. Ils sont plus rapides, plus intelligents et plus courageux que les adultes. La raison est simple, ils étaient dans le ventre de leur mère au moment de la pluie d’astéroïdes. Ils sont donc rapidement devenus des super-bébés, puis des super-héros avec des pouvoirs mille fois plus puissants que tous ceux des vilains de cette ville. Et je sais de quoi je parle, j’en suis un.
Le Patron,
Directeur du QG depuis 2006
***
Je m’appelle Keyshia, j’ai douze ans. Je suis une fille tout à fait normale, qui habite dans la grande ville d’Aster. Je vais à l’école comme une fille normale, je fais mes devoirs comme une fille normale et j’ai tout plein d’amis comme une fille normale. Bref, je suis ordinaire !
Je suis encore plus ordinaire car, à Aster, certains ont des pouvoirs. En effet, il y a quelques années, une pluie d’astéroïdes est tombée sur la ville. Ces astéroïdes ont apportés des pouvoirs incroyables à certains d’entre nous. Mais pas à moi. J’en suis contente, ne vous inquiétez pas. Risquer ma vie constamment pour combattre des vilains, ce n’est pas trop mon genre !
Une petite chose qui me rend spéciale, c’est le dessin. J’adore dessiner. Je dessine tout le temps ! Tiens, en ce moment ? Je dessine. Je suis confortablement installée dans une grande balançoire, devant chez moi. Je me balance légèrement en me faisant chauffer sous le soleil d’été. Il fait extrêmement beau aujourd’hui. Il n’y a presque pas de nuages.
Je suis donc dehors, à dessiner. Depuis hier, je ne dessine pas des choses précises. J’essaie de laisser ma main guider mon crayon, sans réfléchir. La première fois que je l’ai fait, je croyais que cela ferait un beau gribouillis ! Mais finalement, le dessin était probablement mon plus beau à vie. C’était une reproduction de la plus haute tour de la ville. Elle n’est pas très loin de chez moi et elle est très bell…
– Voici le journal, me dit le postier.
J’étais trop perdue dans mes pensées, je ne l’avais pas entendu approcher. Je l’ai remercié en souriant, avant de jeter un coup d’œil à la première page.
Sur une grande photo, dans un costume bleu, on voyait un garçon en plein vol. Sans même regarder son nom, je savais de qui il s’agissait. Le Faucon. L’un des meilleurs super-héros d’Aster, et aussi l’un des plus beaux. Comme tous les super-héros, son masque gardait son visage secret, mais toutes les filles rêvaient de lui. Ne le dites à personne, mais j’avoue que je faisais partie de ces filles.
Sans m’en rendre compte, j’ai laissé ma main commencer à dessiner. Ma feuille blanche s’est couverte de traits en quelques secondes. Je sentais à peine le crayon virevolter dans ma main, trop perdue dans mes pensées.
Ce super-héros avait le pouvoir de voler, aussi vite qu’un faucon. Mais il était aussi capable de se battre. Il avait déjà empêché un accident d’avion et sauvé les passagers d’un hélicoptère en feu. Il était extrêmement courageux. Sur toutes les photos, il avait l’air de sourire. J’étais certaine qu’il était drôle.
Le bruit d’un camion m’a interrompue dans mes pensées et dans mon dessin. C’était un camion de déménagement. Ce n’était pas une surprise. Nos voisins avaient vendu leur maison et les nouveaux voisins emménageaient aujourd’hui.
J’ai vu un homme et une femme débarquer. Un couple ! Ils avaient l’air absolument charmants. J’avais hâte de les rencontrer.
J’ai entendu une autre porte claquer de l’autre côté du gros camion. Et à ce moment, je l’ai vu. De l’autre côté de ma rue se tenait le garçon le plus beau que j’aie jamais vu. Il était absolument magnifique. Je me suis obligée à refermer ma bouche grande ouverte. Ses parents lui ont dit quelque chose et il s’est tourné vers moi.
Ses yeux ont rencontré les miens et il m’a fait un grand sourire. C’était impossible ! Il ne pouvait pas être beau et gentil ! Pourtant son sourire était plein de bonheur. J’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai retourné son sourire. J’ai baissé la tête, me sentant rougir. Je devais vraiment me calmer. Après tout, ce n’était qu’un garçon.
– Salut ! m’a dit une voix.
J’ai relevé la tête et j’ai rencontré ses yeux pétillants juste devant moi. Je ne l’avais pas entendu s’approcher tant j’étais gênée. Vite vite vite ! Trouver quelque chose d’intelligent à lui répondre.
– Salut, ai-je réussi à dire en souriant.
C’était un début. Trouver autre chose vite ! Avant qu’il ne s’en aille.
– J’imagine que tu es mon nouveau voisin ? ai-je demandé.
J’étais très fière. J’avais l’air absolument détendue. Je n’avais pas tremblé, ni bégayé !
– Oui, a-t-il répondu de sa voix chantante. Beau dessin, a-t-il ajouté en observant ma feuille.
Mon dessin ? Quel dessin ? Je me suis rappelée que j’avais dessiné sans m’en rendre compte. Juste avant que le voisin n’arrive.
J’ai détaché mon regard de son visage et j’ai regardé mon dessin. Dans mon cahier, debout sur un toit, on voyait Le Faucon. Il m’envoyait la main, un grand sourire sur le visage. Il était vraiment beau. Le dessin je veux dire, pas Le Faucon ! Quoi que… Mais je m’égare, je faisais attendre mon superbe voisin.
– Merci beaucoup, lui ai-je dit avec un sourire. Mais mon dessin n’est pas parfait. Je suis certaine qu’il est beaucoup mieux en vrai !
– Je suis certain que non, m’a répondu mon voisin en riant. Tu as vraiment du talent.
J’ai senti le rouge me remonter aux joues. J’ai décidé de changer de sujet.
– Je te remercie, ai-je dit en lui retournant son sourire. Quel est ton nom ?
– Jason, m’a-t-il répondu en me regardant droit dans les yeux. Et toi ?
– Keyshia, ai-je répondu.
– Jason, c’est le temps de souper, a crié sa mère depuis l’autre côté de la rue.
– Je dois y aller, m’a-t-il dit avec regret. On se reverra ?
– Bien sur, lui ai-je répondu, un grand sourire aux lèvres.
Il voulait me revoir ! Super ! Je suis entrée chez moi à mon tour, en sautillant de bonheur.
J’ai soupé quelques instants plus tard. Je me suis assise à table, remplie de la joie de ma rencontre avec Jason.
– Alors, m’a demandé ma mère, as-tu rencontré les nouveaux voisins ?
– Leur fils seulement, ai-je répondu. Il s’appelle Jason et il est très gentil. Ses parents aussi ont l’air bien.
– Tant mieux, a répondu mon père. Nous ne savions presque rien sur eux. Personne ne sait pourquoi ils ont déménagé. Je suis soulagé qu’ils soient gentils.
Personne ne savait pourquoi ils avaient déménagé ? C’était assez étrange… En même temps, dans une ville aussi grande qu’Aster, on ne pouvait pas connaitre tout le monde ! Je suis remontée dans ma chambre dès que j’ai eu terminé de manger. Mes doigts me picotaient tellement j’avais envie de dessiner.
Je me suis assise sur mon lit avec mon cahier de dessin. Dès que j’ai pris mon crayon, je me suis mise à dessiner distraitement. Quelques secondes plus tard, mes pensées se sont envolées vers Jason. C’était une chance de l’avoir comme voisin. Il semblait si gentil, si serviable. Je ne le connaissais que depuis quelques minutes, mais j’avais l’impression de le connaitre depuis toujours. Et puis, il n’avait pas cessé de sourire. Pas seulement avec sa bouche, avec ses yeux aussi. Il semblait rayonner de bonheur.
J’ai jeté un œil sur mon dessin. Je me suis félicitée en moi-même, je m’étais vraiment améliorée. Le dessin représentait une grosse bête qui effrayait une jeune fille. J’ai déduit qu’il s’agissait d’une scène de la Belle et la Bête, mon film préféré. Cependant, je ne me rappelais pas l’avoir vue dans le film.
J’ai refermé mon cahier de dessin et je me suis couchée. Cette nuit-là, je n’ai pas seulement rêvé du Faucon. J’ai aussi rêvé d’un certain Jason et de son sourire.
Je me suis réveillée de bonne humeur. Je n’avais rien à faire aujourd’hui, j’adorais les vacances d’été. Le sourire aux lèvres, je suis descendue à la cuisine me faire un déjeuner.
Le soleil éclatant m’a rendue encore plus heureuse. J’ai terminé mon déjeuner en chantonnant. Je me suis habillée rapidement et je suis sortie dehors avec mon cahier et mes crayons. Observant ma feuille blanche, j’ai pris mes crayons et j’ai tenté de reproduire le Faucon, cette fois-ci en vol. J’ai mis toute mon attention sur mon dessin.
Je l’avais presque terminé. Il ne me restait que quelques traits du visage. J’ai senti mes doigts bouger rapidement, pour reproduire l’expression que j’avais en tête. Je l’imaginais avec son grand sourire.
J’ai regardé à nouveau mon dessin. Mais ? Qu’est-ce que c’était que ça ? Il n’avait pas du tout un sourire. Il avait plutôt l’air complètement paniqué, comme s’il avait peur. Je ne voulais pas dessiner ce visage pourtant ! Cela avait complètement gâché mon dessin.
Légèrement frustrée, j’ai tourné la page afin de recommencer un autre dessin.
Trop concentrée sur ma colère, j’ai à nouveau dessiné sans y penser. C’était étrange, je sentais ma main dessiner une image, mais je ne savais pas laquelle. Ce devait être parce que j’étais fatiguée.
J’ai rapidement complété mon deuxième dessin, espérant qu’il serait mieux que le premier. J’ai regardé et, déception, il s’agissait d’un gribouillis. Pourtant, les autres fois, étaient magnifiques ! Pourquoi ça n’avait pas fonctionné ? C’était frustrant, mes dessins m’avaient gâché ma journée. J’ai essayé de comprendre ce qui était dessiné. On aurait dit deux hommes en costume. Mais je ne voyais presque rien, c’était trop sombre, trop foncé. J’arrivais seulement à voir deux hommes. Ils avaient l’air de se parler ? Ou de…
Ding Dong !
La sonnette de mon entrée s’est déclenchée. Je suis rapidement descendue voir à la porte. Je l’ai ouverte en grand, me demandant qui cela pouvait bien être.
– Bonjour Keyshia ! m’a saluée une belle voix.
C’était Jason ! Je l’avais complètement oublié, lui. En quelques secondes, j’ai retrouvé ma bonne humeur. Je lui ai retourné son si magnifique sourire.
– Salut Jason, lui ai-je répondu joyeusement.
– Je voulais… J’aimerais… eum, a-t-il tenté de dire. Je voulais te demander… si tu aimerais venir au… parc ? Avec moi ?
Il était aussi rouge que je l’étais la dernière fois avec lui. Au moins nous étions aussi gênés l’un que l’autre.
– Bien sur ! ai-je répondu joyeusement. Laisse-moi seulement aller chercher ma veste.
– Parfait, m’a-t-il répondu avec soulagement. Je t’attends ici.
Je suis montée à ma chambre aussi rapidement que possible. J’ai attrapé ma plus belle veste et je suis redescendue.
– Je suis prête, ai-je dit en sortant de chez moi.
– Alors, allons-y, m’a répondu Jason avec un clin d’œil.
Nous nous sommes rendus au parc ensemble, en parlant. Il était très drôle et nous faisions constamment des blagues. Nous nous sommes finalement assis sur un banc, en continuant à parler. Il faisait extrêmement chaud dehors, j’ai regretté d’avoir amené ma veste. Mais Jason était si passionnant qu’on en oubliait la chaleur.
J’en ai appris un peu plus sur lui. Incluant le fait qu’il était scolarisé chez lui plutôt qu’à l’école. Il aimait beaucoup les sports extrêmes, comme le parachutisme. Son rêve était d’avoir une maison dans un arbre. Il n’avait peur de rien, ni des hauteurs, ni de la vitesse.
Plus j’apprenais à le connaitre, plus je le trouvais parfait.
– Tu n’as donc aucun défaut? lui ai-je demandé en riant.
– Oh si, m’a-t-il répondu avec un sourire, tu vas apprendre à les connaitre.
Il a regardé quelque chose derrière moi. J’ai lu de la méfiance dans ses yeux. Je me suis retournée et j’ai aperçu un homme, au téléphone, qui regardait dans notre direction.
– Je viens de me rappeler que mon père avait besoin de mon aide, a soudain dit Jason. Je crois que nous devrions retourner chez nous.
J’ai accepté, un peu déçue. Mais je me suis rappelée qu’il était mon voisin. Je trouverais certainement d’autres raisons pour le revoir.
Nous sommes revenus rapidement chez nous et Jason m’a laissée devant chez moi. Je suis entrée, plutôt contente de ma journée. J’ai enlevé mes souliers et mes yeux se sont arrêtés sur le porte-manteau. J’avais complètement oublié ma veste !
J’ai remis mes chaussures et j’ai couru aussi vite que possible jusqu’au parc. Le temps s’était assombri, il n’y avait plus personne au parc. En fait, les nuages noirs dans le ciel masquaient le soleil. On se serait cru en soirée plutôt qu’en après-midi !
Je suis retournée vers le banc, espérant trouver ma veste. J’ai été soulagée de la trouver. Je m’apprêtais à repartir lorsque j’ai remarqué que je n’étais pas seule dans le parc. Dans un coin, deux hommes discutaient. Ils avaient tous deux des costumes noirs. Je suis incapable de l’expliquer, mais j’ai ressenti une impression de déjà-vu. Plutôt que de partir, je me suis discrètement approchée des hommes. Ils étaient de dos, j’ai pu m’approcher sans qu’ils me voient. Ils avaient l’air de se parler d’un sujet très sérieux. J’ai ressenti le besoin vital d’écouter leur conversation. Je ne sais pas pourquoi, je savais seulement que je devais le faire.
– … et à ce moment-là, dit le premier homme, tu pourras entrer en scène.
Le deuxième homme a lâché un grand rire malfaisant. Il était très grand et très large. Il avait de gros cheveux et les bras poilus.
– Ce sera parfait, a répondu le deuxième homme. Depuis le temps que je rêve de détruire cette ville.
Détruire la ville ? C’était des vilains ! Un signal d’alarme s’est allumé dans ma tête. Mais pourquoi m’étais-je approchée autant des hommes ? Seulement pour confirmer mon impression de déjà-vu ? C’était stupide !
J’ai tenté de m’éloigner doucement, sans faire de bruit. J’avais presque réussi et je m’apprêtais à courir lorsque le deuxième homme s’est brusquement retourné. J’ai lâché un cri de surprise. Il avait des yeux jaunâtres de chat. Une grosse barbe lui cachait la moitié du visage. Il était si poilu qu’on aurait dit un monstre. En fait, il n’était pas vraiment effrayant, il avait l’air d’un vieux chat de gouttière. C’en était presque drôle. J’étais prête à partir en courant, lorsque l’homme a réagit bizarrement. Il s’est courbé sur lui-même et a lâché un grand cri de bête. Lorsqu’il s’est relevé, il s’est mis à grossir et à grossir. Il était maintenant de la taille d’une voiture. Ses vêtements ont explosés, révélant des bras et des jambes couvertes d’un poil épais. Trop épais pour appartenir à un humain. C’était plutôt du poil animal… J’ai observé son visage, qui était maintenant à la hauteur d’une maison. Il n’était plus un être humain normal, il était une bête, réellement. Il avait le visage couvert de poil, et de grosses dents de lion.
La bête a rugit avec force et m’a saisi par les pieds. Je me suis sentie monter rapidement, beaucoup trop haut. Puis, le sol s’est mis à bouger plus rapidement que lorsque je suis en vélo. En fait, ce n’était pas le sol qui bougeait, c’était la bête qui me tenait et qui courait.
J’ai relevé la tête et j’ai vu passer les maisons près de chez moi à toute vitesse. À chaque pas que faisait la bête, on entendait un son incroyablement fort. En plus, le rugissement de la bête était plus fort que ses pas.
J’ai reconnu ma rue, qui passait à toute vitesse.
– Keyshia ! a hurlé une voix à côté de moi.
J’ai tourné la tête et j’ai aperçu Jason, qui travaillait dehors. Il avait l’air complètement paniqué.
– Je vais venir t’aider, m’a-t-il encore hurlé.
Toujours la tête à l’envers, j’ai eu confiance en Jason. Je ne savais pas comment il le ferait, mais je savais qu’il me sauverait. J’ai senti un saut, puis j’ai vu le sol s’éloigner de plus en plus vite. La bête a hurlé encore plus fort. J’ai aperçu que le monstre escaladait à une main un immense édifice. J’ai vaguement reconnu la tour. Il s’agissait de la plus haute de la ville. Je crois vous en avoir parlé tout à l’heure. Il est tout près de chez moi. Il est très beau… Mais à quoi est-ce que je pense? Une bête énorme escalade à une main une tour en me tenant par les pieds, et moi, je parle de l’édifice ?
J’ai tenté un regard vers le sol. J’ai lâché un cri de surprise. Je voyais à peine les voitures ! J’ai ramené mon regard vers le ciel qui m’entourait. Au moins profiter de la vue. On voyait presque toute la ville d’ici, tous les toits des maisons et des immeubles. J’ai senti la bête arrêter de monter. J’étais donc au sommet de la tour ? La vue était vraiment sublime. Bon, elle l’aurait été davantage si j’avais eu la tête à l’endroit, mais tout de même.
– Rendez-vous immédiatement ! a dit une voix métallique.
J’ai cherché la voix des yeux. Pendant que je contemplais le paysage, une vingtaine d’hélicoptères avaient entouré la bête. La voix provenait d’un des pilotes. Il parlait dans un micro. J’étais sauvée ! Super !
– Reculez ! a hurlé la bête d’une voix animale. Sinon je lâche la fille.
Oh ! Il arrivait à parler ! Je n’en revenais pas et… Oh un instant. A-t-il bien dit qu’il lâcherait la fille ? J’ai observé les alentours. J’étais bel et bien la seule fille. Zut.
– Non, a dit la voix du pilote. Vous allez simplement vous rendre, sans lâcher la fille.
– Je suis d’accord avec la proposition du pilote, ai-je murmuré à voix basse.
– Non, l’a contredit la bête avec rage. Je ne vais pas me rendre ! Et je vais lâcher la fille.
Quoi ? Lâcher la…
– AAAAAAAAAHHHHH, ai-je hurlé alors que je tombais en chute libre.
Le paysage allait beaucoup trop vite pour mes yeux. J’avais déjà peur de l’atterrissage. À peine une seconde plus tard, j’ai senti ma chute s’arrêter. Pourtant, le sol semblait extrêmement mou ! J’ai ouvert mes yeux, que j’avais fermé dans ma chute. Mes yeux ont croisé un masque bleu ciel.
J’ai regardé brusquement autour de moi. Je volais ! Je volais ! J’étais dans les bras du Faucon. Il me tenait dans ses bras. Il m’avait sauvée !
– Accroche-toi, m’a-t-il averti.
Je me suis tenue solidement. J’ai vu le sol défiler sous moi. Mais de manière agréable. Pas comme avec la bête, plutôt comme une promenade en avion, mais sans avion.
À ma grande surprise, Le Faucon m’a ramenée chez moi. Il m’a déposée juste devant chez moi.
– Est-ce que ça va ? m’a demandé Le Faucon. Pas trop secouée ?
– Oui, ça va, non pas trop secouée, ai-je répondu avec un petit sourire. Merci de m’avoir sauvée!
– Merci à toi, m’a-t-il dit avec un sourire magnifique. Nous recherchions ce vilain depuis longtemps, il est maintenant en prison. D’ailleurs, comment est-ce que tu t’es retrouvée au sommet d’une tour ?
– Oh, ai-je avoué, j’ai été trop curieuse. Je l’avais vu discuter avec un autre homme. Je me suis approchée et je les ai entendus parler de détruire la ville. Lorsque j’ai essayé de m’enfuir il m’a rattrapée.
– Eh bien, a ajouté Le Faucon, tu es très courageuse. Ce n’est pas tout le monde qui se serait approchée. Surtout que cet homme est loin d’être rassurant.
– Oui je sais, ai-je ajouté en riant. Mais j’avais l’impression de les avoir déjà vus sur mon…
J’ai senti ma bouche s’ouvrir sous la surprise. Je savais où je les avais vus !
– Suis-moi, ai-je dit rapidement au Faucon. Je dois vérifier quelque chose !
Je suis entrée rapidement dans ma maison et je suis montée à ma chambre. J’ai ouvert mon cahier de dessins et je suis allée à mon dernier dessin. Celui qui était trop incompréhensible.
– Flûte alors, a émis Le Faucon en regardant mon dessin.
Sur mon dessin, on voyait deux hommes en costume noir, qui discutaient. Exactement la scène que j’avais vue au parc. C’est pourquoi j’avais l’impression d’avoir déjà vus les hommes !
Maintenant, je comprenait mon dessin. Je reconnaissais la bête et son complice. C’était normal que le dessin soit sombre, c’était à cause du ciel orageux !
– C’est exactement la même scène que celle que j’ai vu au parc, ai-je dit au Faucon avec surprise.
J’ai tourné la page pour revoir mes autres dessins. La tour de la ville, celle que la bête avait escaladée. La Belle et la Bête, représentant Belle effrayée de la Bête. C’était pour cela que je ne me souvenais pas de cette scène dans le film ! C’était en fait ce qui m’arriverait plus tard.
J’ai regardé le dessin du faucon en plein vol, que j’avais dessiné ce matin. Celui qui avait le visage tordu par la peur.
– Est-ce que tu avais peur tantôt, ai-je demandé au Faucon.
– Oui, m’a-t-il avoué. C’est moi ?
– Oui, je crois que j’ai dessiné ce qui allais se passer, ai-je avoué timidement. Tu vois, la tour, la Bête qui menace une fille, toi qui vole pour me sauver…
– Tu as un pouvoir, m’a complété Le Faucon avec un immense sourire.
Ai-je dit qu’il avait un sourire magnifique ?
– C’est vrai ? ai-je demandé. Mais, qu’est-ce que ça veut dire ?
– Eh bien, a ajouté Le Faucon, voudrais-tu te joindre à nous ? Tu pourrais venir au QG ? C’est l’endroit où on se rassemble, tous les super-héros de la ville.
J’ai senti une grande joie naître en moi. Je n’étais plus seulement normale ! J’étais spéciale, j’avais un pouvoir moi aussi !
– Bien sur, ai-je dit avec joie.
– Le Patron va te contacter bientôt, m’a appris Le Faucon.
– Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, ai-je demandé avec incertitude.
– Quoi ? m’a demandé Le Faucon.
Je lui ai montré le dessin que j’avais fait de lui, debout sur un toit, qui m’envoyait la main. Celui que j’avais dessiné avant que Jason n’arrive.
– Je ne comprends pas, ai-je dit, celui-là aussi devrait vouloir dire quelque chose non ?
– Quand l’as-tu dessiné ? m’a demandé Le Faucon.
– Juste avant que mon nouveau voisin n’arrive, ai-je dit en m’en rappelant.
– Eum, a-t-il laissé sortir en bégayant. Ça doit être seulement un vrai dessin !
– Ah, ai-je dit avec déception. Tu as surement raison.
– Je ferais mieux d’y aller maintenant, m’a dit le héros en redescendant.
Je l’ai accompagné à la porte. J’allais lui dire au revoir lorsque je me suis rappelée d’un détail.
– Faucon ? ai-je demandé. Comment savais-tu où était ma maison ?
Je l’ai vu détourner le regard.
– Oh et puis…, a-t-il dit avec un soupir. Tu vas venir au QG de toute façon !
Il a pris son masque et l’a retiré doucement. J’ai vu apparaître un visage, un visage que je connaissais bien. Un visage auquel j’avais rêvé !
– Jason ? ai-je crié, bouche bée après avoir compris.
– Eh oui, a-t-il dit en riant. Je suis désolé, je ne pouvais pas te le dire.
– Ce n’est pas grave, ai-je ajouté. Ça alors ! C’est donc pour cela que j’ai dessiné Le Faucon juste avant ton arrivée ?
– J’en suis presque certain, m’a répondu Jason avec son beau sourire. Maintenant que je peux te parler en tant que moi. J’ai quelque chose à te demander.
– Mais vas-y ! Lui ai-je répondu d’un ton encourageant.
Il a pris une grande inspiration.
– Voudrais-tu venir au cinéma avec moi ? m’a-t-il demandé d’un ton adorable.
Aller au cinéma avec le garçon de mes rêves ? Comme si non pouvait être une réponse !
– Oui, avec plaisir ! ai-je dit avec le plus grand sourire de mon existence. Mais à une condition.
– Quoi donc ? m’a-t-il demandé d’un ton soupçonneux.
– Je veux que tu m’amènes avec toi dans le ciel à nouveau, lui ai-je dit en riant.
– Eh bien, a-t-il dit en riant à son tour. Mademoiselle, êtes-vous prête ?
– Je vous suis très cher ! ai-je répondu en riant.
Quelques secondes plus tard, je volais avec mon héros. J’étais si contente de l’avoir trouvé. Il avait quelque chose de spécial, je crois que…
Non j’en suis certaine ! Je l’aime.