Si vous entrez dans la ville d’Aster, tout vous semblera normal. Mais il ne faut pas vous fier aux apparences.
Il y a de cela douze années, une pluie d’astéroïdes a touché la ville. Ces astéroïdes, très spéciales, provenaient d’une galaxie lointaine, dont on ne connait toujours pas l’existence.
Trop occupés à réparer les dégâts, nous n’avons pas remarqué ce que ces astéroïdes emmenaient avec elles. Mais quelques semaines plus tard, certains ont soudainement eu des comportements étranges. Certains contrôlaient tout à coup le feu, d’autres étaient capables de voler.
Mais nous avons remarqué que ces nouveaux pouvoirs touchaient aussi les vilains de la ville. C’est ainsi que se créa le Quartier Général, QG pour les intimes. Un regroupement de super-héros qui protègent les citoyens d’Aster. Nous avons, au moment où j’écris cette lettre, réussit à arrêter plus d’une centaine de vilains, prisonniers dans la prison municipale.
Notre secret ? Notre escouade d’adolescents. Ils sont plus rapides, plus intelligents et plus courageux que les adultes. La raison est simple, ils étaient dans le ventre de leur mère au moment de la pluie d’astéroïdes. Ils sont donc rapidement devenus des super-bébés, puis des super-héros avec des pouvoirs mille fois plus puissants que tous ceux des vilains de cette ville. Et je sais de quoi je parle, j’en suis un.
Le Patron,
Directeur du QG depuis 2006
***
Je m’appelle Carl-Olivier et j’ai douze ans. Je ne sais pas exactement quand mes pouvoirs sont apparus. Ce que je sais, par contre, c’est que lorsque, à quatre ans, j’ai arraché l’arbre derrière chez moi pour pouvoir jouer avec, ma mère a rapidement appelé le Quartier Général.
Vous avez probablement déjà entendu parler du QG dans les journaux. C’est le lieu de rencontre des super-héros. Enfin, pour moi, c’est surtout un endroit où j’ai le droit de lever mon père d’une seule main sans avoir peur d’être vu. C’est un peu comme ma deuxième maison.
Dans les journaux, on m’appelle Rapace. Si vous n’aviez pas encore remarqué, je suis l’homme, ou plutôt le garçon, le plus fort au monde. Je m’entraine tout le temps, j’adore bouger. Ma carrure d’enfer a beaucoup de succès avec les filles, mais je ne cherche pas de copine. En fait, je déteste travailler en équipe. Je suis un solitaire, je n’ai besoin de personne. Alors une petite-amie ? Je ne crois pas non.
Enfin, revenons au sujet principal. Je courais mon quatre-vingt-cinquième tour de piste lorsque ma montre a sonné. Ah oui ! J’avais oublié de vous le mentionner. Nous, les super-héros, communiquons entre nous avec des montres. Grâce à ces montres, nous pouvons nous contacter entre nous pour demander de l’aide ou pour recevoir des appels du Patron. Vous avez surement deviné que je reçois seulement des appels du Patron !
Mais je m’égare à nouveau. Ma montre s’est donc mise à sonner et j’ai couru le plus rapidement possible jusqu’au QG.
Le QG, un lieu que seuls les super-héros connaissent, est caché sous la terre. Pour y accéder, on doit passer par l’un des nombreux passages secrets. Et oui, je les connais tous. Mais non, je ne vais pas tous vous les dire. Je dois tout de même garder mes secrets ! Disons simplement que, cette fois-ci, j’ai du passer par une bouche d’égout…
En entrant dans le Quartier Général, mes vêtements de garçon normal se sont instantanément transformés en costume de super-héros. À bientôt Carl-Olivier ! J’étais désormais Rapace.
Le Patron m’attendait dans l’entrée pour me confier ma prochaine mission.
– Rapace, a-t-il dit sans détour, quelqu’un a cambriolé la banque centrale.
Il faut savoir que la banque centrale d’Aster est la bâtisse la plus protégée de la ville. Le vilain qui avait réussi à y voler de l’argent sans se faire prendre devait être très habile. Je l’ai questionné rapidement sur le sujet :
– Qui a fait ça ? Et comment ?
– Nous n’en sommes pas encore certains, m’a-t-il répondu, mais nous avons trouvé des indices. Suis-moi.
Il me mena jusqu’au laboratoire d’analyse, où un jeune scientifique était concentré sur un ordinateur.
– Gecko, demanda le Patron d’un ton aussi sévère que d’habitude, pourrais-tu nous expliquer le résultat de tes recherches s’il-te-plait ?
– Nous avons trouvé un cheveu coincé dans le coffre-fort, répondit aussitôt Gecko, concentré sur son ordinateur. Selon la base de données, l’ADN de ce cheveu est également celui de Monsieur Alexandre Leduc.
Monsieur Alexandre Leduc est un riche homme d’affaire qui habite dans le quartier Nord de la ville. Il est reconnu pour être un homme dangereux, que vous ne voulez pas comme ennemi. Si vous ne savez plus qui il est, il est le propriétaire des industries A.L. On le surnomme d’ailleurs Monsieur A.L., ou M.A.L. pour les intimes. Je crois que vous comprenez où je veux en venir. À croire que même ses parents savaient qu’il deviendrait un vilain et qu’ils ont choisi son nom en conséquence.
Le Patron ramena mes pensées à la conversation.
– Rapace, m’ordonna-t-il, tu vas aller nous chercher ce M.A.L.
– Bien sur Patron, ai-je répondu avec détermination.
Je me suis immédiatement dirigé vers la porte du laboratoire. Mais le Patron m’a retenu :
– Rapace, m’a-t-il dit d’un ton légèrement plus doux, cet homme est extrêmement dangereux. Même s’il n’a pas de pouvoir, son argent lui permet d’engager un grand nombre de gardes du corps pour sa protection. Il serait plus prudent d’y aller à deux. Si tu veux, j’ai des noms à te propos…
– Non merci, Patron, ai-je rapidement rétorqué. Je travaille mieux en solitaire.
– C’est toi qui vois, a-t-il répondu d’un ton peu convaincu. Mais si tu en as besoin, contacte moi sur ma montre.
J’ai hoché la tête, en sachant tout de même que je n’utiliserais pas ma montre pour l’appeler. J’étais capable de me débrouiller seul.
Je me suis donc à nouveau dirigé vers la sortie et, cette fois, je suis sorti sans qu’on m’arrête. Reprenant mes habits de garçon normal, je suis sorti par une porte dissimulée derrière un grand arbre (non, je ne l’ai pas arraché pour passer). J’ai commencé à courir dès ma sortie du QG et je me suis rendu ainsi jusqu’au quartier Nord. Je tiens à préciser que j’ai parcouru le trajet en moins de dix minutes, un temps record.
Devant moi s’élevait un édifice impressionnant. Hauts d’une centaine d’étages, les bureaux A.L. se dressaient fièrement. J’ai observé les alentours. Il était environ midi et la grande rue était pleine de passants. Je devrais être discret pour ne pas me faire repérer. Je suis allé me cacher derrière un buisson et je me suis transformé discrètement en Rapace.
Je me suis approché de la grande porte. Elle était barrée. On pouvait lire dans la fenêtre :
Fermé pour rénovation.
« Fermé pour vol de banque plutôt, me suis-je exclamé mentalement. »
Je devais absolument entrer. J’ai donc forcé légèrement sur la poignée. Peut-être pas assez légèrement. La porte s’est arrachée.
– Et zut ! Me suis-je exclamé. Pas très discret comme entrée…
Je me suis glissé à l’intérieur et j’ai replacé la porte comme je le pouvais. Comme j’avançais dans l’entrée, j’ai entendu des bruits de pas. Silencieusement, je suis allé me cacher derrière le mur, je devais les prendre par surprise. À écouter leurs pas, ils devaient être deux. Leurs pas étaient lourds, c’était probablement les gardes du corps que M.A.L. a engagé.
Dès que j’ai vu une première épaule tourner le coin du couloir, j’ai lancé mon point de toutes mes forces, envoyant le pauvre homme sur le mur de l’autre côté de la pièce. Presque aussitôt, l’autre garde a tenté de m’attraper. Mais on ne m’attrape pas aussi facilement ! J’ai saisi ses bras et je l’ai lancé dans les airs, afin de l’envoyer directement sur son collègue qui tentait de se relever.
« Et voilà ! Rapace est dans la place, me suis-je chantonné mentalement. »
J’ai entendu des bruits de course dans le couloir.
« Et Rapace a peut-être fait trop de bruit, ai-je ajouté en entendant les pas se rapprocher. »
Cette fois-ci, c’était probablement plus de deux gardes qui approchaient. En fait, à en juger par le bruit, c’était, selon mes calculs, une vingtaine qui courait pour m’arrêter. Je n’avais pas pensé qu’il y avait probablement un micro dans les uniformes des gardes. Le second avait eu le temps de signaler ma présence.
« Plus besoin de se cacher derrière le mur, me suis-je dit en moi-même. Ils savent déjà que je suis là. Autant me préparer à les recevoir. »
Le premier de la longue file de garde déboula dans la pièce. Il s’élança vers moi et tenta de me faire tomber par un coup de pied habile. Je lui saisis la jambe et le projeta avec force sur trois autres qui venaient vers moi.
Un autre, juste derrière, avait réussi à esquiver son collègue. Il s’élança vers moi, en tentant d’éviter le coup de poing que je dirigeais vers son visage. Malheureusement pour lui, il avait oublié ma seconde main, qui le toucha dans le ventre avant même qu’il ne la voit venir. Il fut emporté vers la gauche à la vitesse de l’éclair. Emportant à son passage tous ceux qui se trouvaient derrière lui.
« Et cinq de moins ! Pensais-je. »
Un coup m’atteint dans le dos et j’eus tout juste le temps d’agripper la main du coupable pour balancer son propriétaire sur le sol. Déjà, un autre s’approchait en courant. En me tournant vers ma droite, je vis deux autres gardes s’approcher. En quelques secondes, j’avais complètement perdu le contrôle. Je n’étais pas très bon en calcul. Il était certain qu’il y avait autour de moi beaucoup plus de vingt gardes.
« Je suis encerclé, ai-je réalisé en voyant les gardes s’approcher de moi rapidement. »
J’ai pensé à la montre.
« Bon. Peut-être que, finalement, un allié aurait été une bonne idée, ai-je admis. Voire une excellente idée. »
En voyant les gardes ralentir, certains que je ne pouvais pas m’enfuir, je me sentis réellement impuissant. Il n’y avait pas d’échappatoire, j’étais prisonnier. Les fenêtres étaient trop loin pour que je puisse les atteindre. En plus, les gardes formaient maintenant une barrière insurmontable.
« Je promet que, si je m’en sors, je reconsidèrerai l’option d’avoir un partenaire, ai-je promis sans vraiment savoir à qui je m’adressais. »
Mais tout à coup, un éclair de génie m’a traversé.
« Mais bien sur ! Un allié, ai-je pensé triomphalement. »
Les gardes resserraient maintenant leurs rangs sans se presser. J’ai attendu qu’ils soient plus près, pour m’écrier en direction de la fenêtre :
– Allez ! Maintenant !
Comme je l’avais prévu, les gardes se tournèrent tous vers la fenêtre. Je pris alors une grande inspiration et je saisis le garde le plus près de moi, qui avais la tête totalement tournée. Je me suis penché rapidement et j’ai saisi ses jambes. En me relevant, j’ai fait tourner le garde autour de moi, frappant ainsi tous les gardes en même temps. Je les ai tous projeté plus loin, ou plutôt, le garde que je tenais les a tous projeté plus loin. J’ai par la suite lâché le garde vers un mur et il a volé à travers la pièce jusqu’à s’écraser sur ledit mur.
Profitant de l’inconscience de tous les gardes, j’ai couru vers les escaliers. J’ai monté les cents étages en quelques secondes, montant quatre marches à la fois. Arrivé au palier cent, je m’élançai dans la pièce sans prendre le temps de respirer.
Une dizaine de gardes se tournèrent vers moi, ainsi qu’un grand homme bien habillé. L’homme avait l’air méchant, j’ai déduis que c’était M.A.L..
Hier, j’aurais eu peur des dix gardes qui se tenaient devant moi. Après les cinquante de tout à l’heure, je peux vous affirmer que je savais déjà que je remportais cette mission.
Je me suis lancé vers le premier garde, je l’ai frappé à l’épaule, l’envoyant sur son ami qui s’approchait. J’ai sauté à pieds joints sur celui-ci, qui tentait de se relever. Je crois d’ailleurs que sa tête a laissé son empreinte dans le sol. Mais passons. J’ai attrapé le bras qui s’élançait à ma gauche et le poing qui menaçait ma droite. J’ai croisé les bras, envoyant les gardes l’un sur l’autre, étalés sur le sol. J’ai couru vers un autre, qui s’approchait, et je l’ai plaqué sur le sol. Sans m’arrêter, j’ai également balayé du bras le garde qui essayait de m’attraper par derrière. Finalement, j’ai pris le bureau qui se trouvait devant moi et je l’ai lancé vers les gardes restants, qui eurent droit à un aller simple vers le sol.
Devant moi, M.A.L. tentait de s’enfuir discrètement par une porte cachée dans le mur. Mais il n’avait pas prévu que je viendrais aussi vite à bout des gardes. Je n’eus qu’à lui donner une pichenette sur la tête pour qu’il tombe sur le sol.
Je pris de nouveau les escaliers, mais cette fois pour monter sur le toit. Je n’avais pas oublié que les gardes m’attendaient en bas. Et, honnêtement, je n’avais pas vraiment envie d’aller leur rendre visite. J’ai porté Monsieur Alexandre Leduc, puis je l’ai menotté. Question de principe, je n’avais pas vraiment peur de lui. J’ai appelé le Patron sur ma montre et, presque aussitôt, un hélicoptère est venu me chercher.
Arrivé au Quartier Général, j’ai remis le voleur au Patron, qui m’a demandé comment s’était passée la mission. Je lui ai tout conté, incluant la partie où j’ai regretté d’être venu seul. Avec un sourire, il m’a dit :
– Tu sais, c’est normal d’avoir besoin d’aide. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui savent reconnaître leurs faiblesses pour mieux les améliorer. Suis-moi, a-t-il ajouté.
Je l’ai suivi jusqu’à la salle de diner, où mangeaient certains super-héros.
« Zut, me suis-je dit, il va m’attribuer un partenaire. Je lui ai seulement dit que je pensais à réfléchir à envisager un duo. Pas que j’en étais certa… »
– Gallie viens ici s’il-te-plait, me coupa le Patron dans mes pensées.
Une fille se téléporta juste devant moi. Elle avait un grand sourire et des yeux pétillants. C’était réellement la plus belle fille que j’aie jamais vue.
– Gallie, je te présente Carl-Olivier, me présenta le Patron. Carl-Olivier, Gallie est nouvelle, je crois que vous allez bien vous entendre.
Interdiction de le dire à quelqu’un. Mais je dois dire que j’ai presque hâte à ma prochaine mission en duo.