222 – Saad – Metamorphyx

Si vous entrez dans la ville d’Aster, tout vous semblera normal. Mais il ne faut pas vous fier aux apparences.

Il y a de cela douze années, une pluie d’astéroïdes a touché la ville. Ces astéroïdes, très spéciales, provenaient d’une galaxie lointaine, dont on ne connait toujours pas l’existence.

Trop occupés à réparer les dégâts, nous n’avons pas remarqué ce que ces astéroïdes emmenaient avec elles. Mais quelques semaines plus tard, certains ont soudainement eu des comportements étranges. Certains contrôlaient tout à coup le feu, d’autres étaient capables de voler.

Mais nous avons remarqué que ces nouveaux pouvoirs touchaient aussi les vilains de la ville. C’est ainsi que se créa le Quartier Général, QG pour les intimes. Un regroupement de super-héros qui protègent les citoyens d’Aster. Nous avons, au moment où j’écris cette lettre, réussit à arrêter plus d’une centaine de vilains, prisonniers dans la prison municipale.

Notre secret ? Notre escouade d’adolescents. Ils sont plus rapides, plus intelligents et plus courageux que les adultes. La raison est simple, ils étaient dans le ventre de leur mère au moment de la pluie d’astéroïdes. Ils sont donc rapidement devenus des super-bébés, puis des super-héros avec des pouvoirs mille fois plus puissants que tous ceux des vilains de cette ville. Et je sais de quoi je parle, j’en suis un.

Le Patron,

Directeur du QG depuis 2006

***

Je m’appelle Saad, j’ai douze ans. Je ne me décrirai pas davantage, c’est inutile. Vous comprendrez pourquoi assez rapidement.

Avez-vous déjà entendu parler de la pluie d’Astéroïdes ? On peut dire qu’elle a fait beaucoup de dégâts. Mais elle a aussi apporté des cadeaux. Je ne sais toujours pas pourquoi, mais j’en ai reçu un.

Lorsque je suis né, j’étais déjà capable de me transformer. Je le fais par instinct, comme respirer. Ainsi, dès ma naissance, j’avais déjà mes pouvoirs. C’est très inhabituel. Mais bon, est-ce que le pouvoir de se transformer en tous ceux que l’on touche est habituel ?

Enfin, lorsque je suis né et que ma mère m’a pris dans ses bras, je me suis transformé. Pendant une petite seconde, ma mère a tenu une parfaite réplique d’elle-même dans ses bras. Le QG a tout de suite appelé à la maison, pour expliquer à ma mère ce qui venait de se passer.

Le QG, ou Quartier Général, c’est le point de rencontre de tous les super-héros d’Aster. C’est Le Patron qui en est en charge. Il possède le pouvoir de repérer tous les super-héros dès qu’ils découvrent leurs pouvoirs. Il peut donc appeler les parents pour les prévenir. Mais, avec moi, il n’avait pas prévu que cela se passerait si rapidement.

Ainsi, plus les années avançaient, plus mes pouvoirs grandissaient. Je peux maintenant me transformer en tous ceux que je désire. Je peux même devenir une femme si je le veux ! En un claquement de doigts, je deviens qui je veux, une vedette de cinéma, un sportif célèbre. Mais je ne le fais pas. Je déteste attirer l’attention. Je suis plutôt solitaire, j’aime vivre anonymement. Je ne me sers de mon pouvoir que lors des missions. À ces moments-là, je ne suis plus Saad, je suis Métamorphyx.

Je déteste les missions. Pour être honnête, je ne suis pas très courageux. Je préfère de loin me fondre dans le décor qu’être un super-héros à la vue de tous.

***

J’écrivais tranquillement dans mon journal intime lorsque ma montre m’a signalé un appel du QG. La montre, c’est un moyen efficace de toujours être en contact avec le Quartier Général. Lorsque Le Patron désire nous voir, il la fait sonner, comme maintenant.

En passant par une trappe cachée au fond de ma penderie, je me suis téléporté au Quartier Général en quelques secondes. Je ne vous dirai pas plus de détails, car l’emplacement du QG doit rester secret. Tout ce que vous pouvez savoir, c’est que, dès que je suis arrivé dans le QG, mon pantalon beige et mon chandail gris se sont transformés en habits de super-héros. J’étais maintenant Métamorphyx.

Autour de moi, tous les super-héros étaient rassemblés. Cela n’arrivait que très rarement. Il devait y avoir une urgence. Au milieu de tous, Le Patron attendait, sur une petite scène surélevée. Derrière lui, on apercevait un grand écran, noir pour l’instant.

– Bonjour tout le monde, a-t-il dit d’une voix forte.

Le Patron avait toujours une voix calme, celle d’un vrai homme d’affaire. Vous pouvez imaginer d’où vient son surnom.

– Si nous sommes tous réunis ici aujourd’hui, c’est pour une raison très simple, ajouta-t-il.

– Un vilain, chuchota la fille à mes côtés.

– Rocket, un vilain, s’est évadé de la prison aujourd’hui, annonça Le Patron.

Une image apparut sur l’écran derrière lui. C’était celle d’un homme, très grand, très costaud. J’avais peur seulement en le regardant. Il était très imposant et avait l’air tout à fait normal. Mais ses yeux d’un rouge aussi vif que ses cheveux nous indiquaient que, lui aussi, il avait reçu un cadeau de la pluie d’astéroïdes.

Les super-héros chuchotèrent autour de moi. Certains avaient peur, d’autres brulaient d’envie de le ramener d’où il venait. J’appartenais au premier groupe.

– On ignorait tout de ses pouvoirs jusqu’à aujourd’hui, reprit Le Patron d’une voix posée. Il s’est évadé grâce à des rayons infrarouges, provenant de ses yeux et de ses mains.

Les chuchotements reprirent de plus belle. Personne ne savait quoi faire. Moi je le savais. Je prévoyais, dès ce soir, de me jeter en boule dans mon lit et de m’y cacher jusqu’à son emprisonnement.

– Nous ignorons tout de ses plans, ajouta Le Patron. Nous savons seulement qu’il est extrêmement dangereux et en liberté. C’est pourquoi je vais immédiatement remettre une mission.

Les chuchotements cessèrent brusquement. Personne ne voulait rater la phrase qui suivrait.

– Métamorphyx, annonça-t-il sans précaution. J’aimerais que tu espionnes Rocket. Nous avons absolument besoin de tes services. Il est primordial que nous connaissions ses plans.

Métamorphyx… Est-ce que c’était bien de moi qu’il parlait ? J’ai songé pendant quelques secondes à me transformer en un autre super-héros, afin de m’enfuir.

Zut. Tous les super-héros avaient leur regard rivé sur moi. Je n’avais plus de doutes. C’était bien de moi qu’il parlait.

– M-M-Mais je… bégayais-je sans parvenir à m’exprimer.

-Nous avons réellement besoin de toi, tenta de me convaincre Le Patron avec un regard rassurant.

Je n’avais donc pas le choix. Super.

– Très bien, répondis-je en un seul souffle, de peur de changer d’idée.

– La dernière fois que nous l’avons aperçu, Rocket se trouvait au Nord de la ville. Reviens m’informer de son plan dès que tu le connais, m’ordonna gentiment Le Patron.

– Oui oui, marmonnais-je.

Je regrettais déjà mon choix. Sans attendre la fin de la réunion, je suis sorti du QG, par un passage secret que je ne peux malheureusement pas vous dévoiler. Mes habits de Métamorphyx m’ont quitté et je suis redevenu Saad, simplement.

Le passage secret m’avait amené en quelques secondes au Nord. Sans vraiment savoir quoi chercher, j’ai décidé de me transformer en un homme. Un adolescent se promenant seul était moins discret.

Je me suis dirigé vers une ruelle. Un garçon se transformant en homme brusquement n’était pas discret non plus.

Je sentis un bref frisson et, sans avoir à me regarder, je savais que j’étais maintenant un grand homme d’une vingtaine d’années. Je portais un chapeau noir, des lunettes foncées et un long manteau gris.

Je suis sorti de la ruelle et j’ai avancé sans hésiter. Il était important que personne ne sache à quel point j’étais terrifié.

Sans en avoir l’air, j’observais les passants. Une dame qui vendait du pain, un jeune garçon qui pleurait pour avoir une crème glacée, un homme louche qui parlait au téléphone à voix basse, une fillette qui…

Attendez un peu. Revenons à l’homme louche.

Il était habillé tout en noir et il discutait sur son cellulaire. Il était assis à une table, sur la terrasse d’un restaurant. J’ai décidé d’entrer pour jeter un coup d’œil.

C’était un très joli restaurant. Il y avait plusieurs serveurs avec des tabliers qui se promenaient entre les tables. Un plan s’est formé dans ma tête.

J’ai repéré un jeune serveur blond qui entrait dans les cuisines. Sans perdre de temps, je me suis assuré que personne ne me voyait. Je me suis penché pour attacher mon lacet. Immédiatement, un bref frisson m’informa que j’avais réussi. J’étais maintenant un serveur blond.

Je me suis rapidement relevé et me suis dirigé vers la terrasse. L’homme y était encore, avec son téléphone. Je me suis approché subtilement, faisant semblant de ramasser les couverts à la table voisine. J’ai essayé de me concentrer sur la discussion de l’homme plutôt que sur la peur qui me tordait le ventre.

– Je sais, a chuchoté l’homme à voix basse sans se douter que j’écoutais. Le maire sera à la mairie demain. R pourra réaliser son plan sans problèmes.

J’avais décidément un don. J’avais trouvé l’acolyte d’un certain R. Il n’était pas très difficile de deviner de qui il s’agissait. Je vous donne un indice, ça se termine par –ocket.

L’homme eut un rire.

– Ça fera un beau grand feu d’artifice, répondit-il à voix basse, toujours en souriant. À demain.

Il a raccroché et s’est concentré sur le contenu de son assiette.

Un feu d’artifice ? Cela m’étonnerait. Les feux d’artifices ne sont pas tout à fait dans les plans des vilains. Habituellement, c’est davantage de voler, de détruire ou de… Oh. Détruire. Comme dans, détruire la mairie avec un beau feu d’artifice ?

Je devais absolument en savoir plus. Je me suis dirigé vers les toilettes du restaurant afin de devenir un homme d’affaire dans la cinquantaine. Un frisson plus tard, je suis sorti des toilettes, puis du restaurant.

Je me suis assis sur un banc en face du restaurant. Que pouvais-je faire pour empêcher que cela se produise ? Je ne pouvais pas aller directement voir Rocket, je n’avais rien pour me défendre.

Je réfléchissais toujours quelques minutes plus tard, lorsque l’homme est sorti du restaurant pour se diriger d’un pas rapide vers l’Est. Le suivre. Je pouvais faire ça non ? J’avais un pouvoir, autant m’en servir.

Pris de frissons, cette fois-ci de peur, je me suis levé avec raideur et j’ai suivi l’homme.

Il se dirigeait bel et bien vers l’Est, mais il prenait des détours. On aurait dit qu’il ne voulait pas être suivi. Ça allait de mieux en mieux ! Pour ne pas être remarqué, tout le long du trajet, je me suis transformé. Je suis passé d’homme d’affaires à un petit garçon, à un homme dans la trentaine, à un adolescent en patins à roues alignées.

Après une dizaine de minutes de marche, l’homme s’est dirigé vers une petite ruelle sombre. Toujours sous la forme d’un adolescent, je l’ai suivi sans bruit. Arrivé près de la ruelle, je me suis faufilé jusqu’à un grand bac de poubelles. Caché, j’ai entendu l’homme parler à un de ses complices.

– Et puis ? Demanda le nouvel homme.

– Tout est parfait, répondit l’homme du restaurant. Le maire sera à la mairie demain, à vingt heures tapantes.

– Très bien, répondit-il, satisfait. Mon plan se déroule à merveille.

Je devais absolument savoir qui était le complice de l’homme du restaurant. Lentement, j’ai avancé jusqu’à voir les vilains. J’ai tout d’abord repéré l’homme du restaurant. J’ai aperçu le bras de son interlocuteur. Je me suis encore avancé. Je suis presque tombé, mais je me suis rattrapé à temps. Lorsque j’ai relevé la tête, je l’ai vu.

Des cheveux rouges, des yeux plus vifs que le feu, je l’ai reconnu à l’instant. Je me suis rapidement caché à nouveau derrière la poubelle. Rocket. Il était tout près de moi. J’aurais du m’élancer, le capturer. Mais j’étais incapable. J’étais figé par la peur.

Les secondes ont passées, puis j’ai entendu leurs voix s’éloigner. J’ai risqué un œil hors de ma cachette. La voie était libre, ils étaient partis. Je me suis dirigé vers l’épicerie d’à côté. Je l’avais remarquée en route. Non, ne vous inquiétez pas, je n’avais pas l’intention d’aller grignoter.

J’ai utilisé le passage secret caché dans l’épicerie pour me rendre au QG en quelques secondes. Vous ne devriez pas le savoir. Les entrées du Quartier Gnérales sont secrètes. Alors je vous fais confiance pour garder le secret. Mes vêtements sont de nouveau devenus ceux d’un super-héros et j’ai pu quitter l’adolescent pour revenir à mon propre corps. Aussi rapidement que je le pouvais, j’ai couru vers le bureau du Patron.

Sans prendre la peine de cogner, je suis entré rapidement.

– Patron…, ai-je dit, à bout de souffle.

– Métamorphyx ? A-t-il demandé, surpris. Que s’est-il passé ?

– Je connais … le plan … de Rocket, ai-je ajouté en haletant. Ce soir à vingt heures … il veut détruire la … mairie et le maire.

– Vraiment ? M’a demandé Le Patron d’un ton alarmé. Nous devons l’en empêcher.

– Je l’ai vu, Patron, ai-je avoué en baissant les yeux. J’aurais pu tenter … de l’arrêter mais j’ai … eu peur.

– Eh bien voudrais-tu te reprendre ? M’a-t-il demandé d’un ton encourageant. Veux-tu vaincre tes peurs ?

Je le voulais, mais en étais-je réellement capable ? Et si, la prochaine fois que je croisais Rocket, j’étais de nouveau incapable de bouger ? Et s’il réussissait à détruire la mairie sans que je réussisse à l’en empêcher ? J’ai pris une grande inspiration. J’ai repoussé toute ma peur pour me concentrer sur mon courage.

– Oui, je me sens prêt pour une nouvelle mission, ai-je dit d’un ton décidé.

– Je suis très fier de toi Métamorphyx, m’a gentiment répondu Le Patron. Mais ne t’inquiète pas, un super-héros ne part pas en mission sans gadgets.

Il me fit signe de le suivre dans le laboratoire. Tout au fond se trouvaient des inventions toutes plus originales les unes que les autres. Parmi elles, on trouvait des armes contre tous les vilains d’Aster.

– Ah elles sont là! S’exclama Le Patron, qui cherchait visiblement quelque chose.

De la pile de gadgets farfelus, il sortit une paire de menottes et des lunettes.

– Je ne comprends pas, ai-je avoué au Patron en observant les deux objets qu’il tenait.

– Ce sont des menottes et des lunettes spécialement conçues pour empêcher l’émission de rayons infrarouges, m’a-t-il répondu d’un ton scientifique. Autrement dit, si Rocket les porte, il ne pourra plus lancer de rayons ni avec ses mains, ni avec ses yeux.

– D’accord, je comprends mieux, ai-je répondu. Mais comment vais-je faire pour le convaincre de les mettre ?

– C’est à toi de trouver une solution, m’a répondu Le Patron d’un air taquin. Je sais que tu en es capable.

– Très bien, ai-je rétorqué. Je vous le ramènerai.

– Je vais t’attendre près de la mairie avec des renforts, m’a annoncé Le Patron. Tu communiqueras avec la montre pour nous informer de ta réussite.

– Vous ne serez pas déçu.

Je ferais tout pour qu’il ne le soit pas. Toute ma vie, je m’étais caché derrière ma peur. Aujourd’hui, je me sentais plein de courage. Je croyais en mes pouvoirs. Après tout, Le Patron croyait bien en moi lui ! Il devait y avoir une raison.

Je me suis dirigé vers le passage secret du Quartier Général qui menait vers la mairie. Cette fois, je me suis transformé en un homme sérieux et bien habillé. De cette manière je me fondrais dans le décor. Dès que j’ai senti le frisson familier, je suis entré dans le passage secret. Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais dans les toilettes de la mairie.

En passant devant le miroir, j’ai vu un grand homme aux cheveux foncés. J’avais beaucoup de misère à me reconnaître en cet homme.

Je suis sorti des toilettes. L’entrée était remplie. Le maire donnait probablement une conférence. Il n’était pas question que tous ces innocents soient victimes du feu d’artifice que causerait Rocket.

Je me suis tout de suite dirigé vers les couloirs du fond. Il était évident que Rocket ne se cacherait pas dans l’entrée de la mairie ! Je ne savais pas quoi chercher, mais j’avais confiance en ma chance.

Je me suis promené une dizaine de minutes, me perdant dans de grands couloirs. Il n’y avait maintenant plus personne dans les corridors. Je commençais à perdre espoir lorsque j’ai vu l’homme du restaurant passer en sens inverse. Sans réfléchir, j’ai pris le couloir qu’il quittait. Après tout, c’était un complice de Rocket.

Dès que l’homme du restaurant eut disparu, je me suis transformé en sa réplique exacte. Le fameux frisson m’a informé que j’avais réussi. J’ai continué de marcher en essayant d’avoir l’air effrayant. J’ai adopté une démarche sûre de moi. Rocket ne devait pas se douter que je n’étais pas réellement son complice.

Le couloir se terminait en un cul-de-sac. Il n’y avait qu’une porte légèrement ouverte devant moi. J’ai respiré calmement et j’ai pensé à tout ceux qui croyaient en moi.

J’ai poussé la porte avec assurance, marchant sans hésitation dans la pièce.

– Redfort, déjà ? a demandé une voix grave.

Redfort, ce devait être le nom de l’homme du restaurant. Je me suis tourné vers le propriétaire de la voix. Avant même de le voir, je savais qui je verrais. J’ai vérifié si les menottes et les lunettes étaient toujours bien dans ma poche. J’ai levé les yeux avec fermeté, sans hésiter.

– Oui, déjà, ai-je répondu avec une voix grave qui n’était pas la mienne.

Zut de flûte ! Il était encore plus grand que dans mon souvenir. Ses yeux rouges me regardaient avec mépris.

– As-tu le déguisement que je t’ai demandé ? M’a demandé Rocket en me dévisageant de ses yeux rouges.

Un déguisement ? Je n’en avais pas ! Mais… Un plan se forma dans ma tête.

– Oui, je prévoyais vous prêter mon manteau, ai-je dit sans faiblir. J’ai également des lunettes fumées. Tenez, voici les lunettes.

Je lui ai tendu les lunettes qui se trouvaient dans ma poche.

– Laissez-moi vous aider à enfiler le manteau, ai-je dit en me plaçant derrière lui. Voudriez-vous me donner votre bras ?

– Tu as bien fait ton choix Redfort, m’a-t-il dit en enfilant les lunettes. Elles sont si sombres que personne ne verra mes yeux.

Il m’a tendu l’un de ses bras, puis l’autre. Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, je lui avais enfilé les menottes.

– Quoi ? Cria-t-il en essayant en vain de me lancer ses rayons. Que se passe-t-il Redfort ? M’as-tu trahi ?

Je l’ai vu essayer de lancer ses rayons rouges. Heureusement pour moi, les menottes et les lunettes l’en ont empêché.

– Je ne suis pas Redfort, ai-je dit en espérant qu’il se calme.

J’ai appuyé rapidement sur le bouton de ma montre. Je devais avertir le QG que j’avais réussi ma mission pour qu’ils ramènent Rocket.

– Comment ? a-t-il hurlé. Mais où est-il alors ?

– Redfort t’attend en prison, a dit la voix grave du Patron, qui venait juste d’arriver.

Ça alors ! Ils étaient vraiment très rapides. Même en tant que super-héros, le Quartier Général avait encore beaucoup de secrets pour moi.

– Nous avons attrapé son complice alors qu’il tentait de nous fuir, m’informa Le Patron. Et nous avons maintenant Rocket. Bravo Saad, grâce à toi, nous sommes tous sains et saufs.

J’avais réussi. J’avais combattu un vilain en face à face. Plus encore, j’avais vaincu ma peur, j’avais été courageux.

– Merci Patron, lui ai-je répondu avec fierté.

Une main s’est posée sur mon épaule. J’ai sursauté légèrement et me suis retourné d’un bond. Le maire se tenait juste derrière moi.

– Merci beaucoup, m’a dit le maire. Tu as sauvé la vie de beaucoup de citoyens d’Aster aujourd’hui. Incluant la mienne ! J’aurais une offre à te faire. Ton Patron m’a rapporté ton talent d’espionnage, qui nous a tous sauvés. J’aimerais bien t’engager en tant qu’espion. Je crois que cela nous éviterait bien des mauvaises surprises. Serais-tu d’accord ?

Être espion ? Hier, j’aurais sans doute refusé. Mais aujourd’hui, j’avais confiance en mes capacités. J’étais courageux. Alors un contrat d’espionnage, pourquoi pas ?

– J’accepte avec plaisir, lui ai-je répondu avec un grand sourire.

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