223 – Selma – Capella

Si vous entrez dans la ville d’Aster, tout vous semblera normal. Mais il ne faut pas vous fier aux apparences.

Il y a de cela douze années, une pluie d’astéroïdes a touché la ville. Ces astéroïdes, très spéciales, provenaient d’une galaxie lointaine, dont on ne connait toujours pas l’existence.

Trop occupés à réparer les dégâts, nous n’avons pas remarqué ce que ces astéroïdes emmenaient avec elles. Mais quelques semaines plus tard, certains ont soudainement eu des comportements étranges. Certains contrôlaient tout à coup le feu, d’autres étaient capables de voler.

Mais nous avons remarqué que ces nouveaux pouvoirs touchaient aussi les vilains de la ville. C’est ainsi que se créa le Quartier Général, QG pour les intimes. Un regroupement de super-héros qui protègent les citoyens d’Aster. Nous avons, au moment où j’écris cette lettre, réussit à arrêter plus d’une centaine de vilains, prisonniers dans la prison municipale.

Notre secret ? Notre escouade d’adolescents. Ils sont plus rapides, plus intelligents et plus courageux que les adultes. La raison est simple, ils étaient dans le ventre de leur mère au moment de la pluie d’astéroïdes. Ils sont donc rapidement devenus des super-bébés, puis des super-héros avec des pouvoirs mille fois plus puissants que tous ceux des vilains de cette ville. Et je sais de quoi je parle, j’en suis un.

Le Patron,

Directeur du QG depuis 2006

***

Je m’appelle Selma, j’ai douze ans. Pour me présenter rapidement, je vis dans la ville d’Aster, en banlieue. J’ai une petite famille que j’adore. C’est plutôt banal n’est-ce pas ? J’aime bien la simplicité. J’adore que ma vie soit normale.

En ce bel après-midi d’été, je sortais de l’école comme tous les soirs. J’étais encore dans la cour quand quelqu’un m’a appelé.

– Selma, attends-moi !

Je me suis retournée, pour voir qui m’appelait. C’était Jérôme. Il avait le même âge que moi et il allait à mon école l’année passée. Je ne l’aimais pas beaucoup, mais je l’ai tout de même attendu.

– Salut Jérôme, lui ai-je dit lorsqu’il s’est approché.

– Salut Selma, m’a-t-il répondu avec un grand sourire. Ça fait longtemps !

– Presqu’un an, ai-je répondu en forçant un sourire.

J’avais un mauvais pressentiment. Je venais de me rappeler qu’Jérôme aimait beaucoup la bagarre.

– Tu as vraiment un beau sac à dos, a ajouté Jérôme en le regardant avec envie.

– Oh, ai-je répondu, surprise. Merci.

Mon mauvais pressentiment se faisait de plus en plus fort.

– Donne le moi, m’a ordonné Jérôme en perdant son sourire.

Zut. J’avais raison avec mon mauvais pressentiment. Vous vous souvenez lorsque je vous ai dit que j’avais une vie parfaitement normale ? J’ai peut-être oublié de vous informer de quelque chose.

Jérôme s’est avancé vers moi. J’espérais vraiment ne pas avoir à m’en servir, je détestais cela. Il continuait à avancer.

« Non, ai-je pensé. Recule, recule, recule s’il-te-plait ! »

Malheureusement, je ne contrôle pas les pensées des gens et Jérôme a continué d’avancer. Il était maintenant drôlement près, beaucoup trop à mon goût.

« S’il fait un pas de plus, ai-je pensé avec regret, je serai obligée de… »

Je n’ai pas terminé ma pensée. Jérôme avait déjà fait un pas de trop. J’ai pris une grande inspiration.

– Arrête toi, ai-je chanté d’une voix mélodieuse.

– Je m’arrête, a répondu Jérôme en s’immobilisant avec un regard vide.

– Tu ne veux pas mon sac à dos, ai-je continué en chantant.

– Je ne veux pas ton sac à dos, a confirmé Jérôme d’une voix terne.

– Tu vas oublier les quinze dernières minutes et tu vas retourner chez toi, ai-je ordonné en chantant

– J’oublie les quinze dernières minutes et je retourne chez moi, a dit Jérôme en repartant dans la direction opposée.

« Je l’ai échappé belle, ai-je pensé en soupirant. »

Je n’avais pas eu à utiliser mon pouvoir depuis deux ans. J’étais étonnée d’en être encore capable. Bon, je crois que vous méritez quelques explications. Tout d’abord, il faut que vous sachiez que j’ai toujours adoré chanter. Mes professeurs de chant me disaient toujours que j’avais une voix divine. Je faisais partie d’une chorale jusqu’à mes neuf ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je pratiquais seule avec un autre élève et j’ai chanté :

Aime moi, Aime moi…

Je n’avais pas terminé la phrase que, déjà, le garçon en face de moi était amoureux de moi. Sur le coup, je n’ai pas compris ce qui s’était produit. Mais, le soir même, un homme a appelé à la maison. Il s’appelait Le Patron. Il est le directeur du Quartier Général, une organisation de super-héros qui protègent notre ville. Il m’a expliqué que j’avais reçu de la pluie d’astéroïdes un don, celui de contrôler les gens lorsque je chantais.

Il m’a proposé de devenir un super-héros, mais j’ai refusé. À ce moment-là, j’étais extrêmement en colère. Je ne pouvais plus chanter sans créer de problèmes ! Moi qui chantais davantage que je ne parlais. J’ai été très triste, mais je l’ai accepté.

Depuis, je ne chante plus, sauf en cas d’extrême urgence, comme maintenant.

Je suis retournée chez moi comme à tous les jours. Ma soirée a été ordinaire. Je ne savais pas encore ce que me réservait le lendemain.

***

J’ai passé une nuit tourmentée. Chaque fois que j’utilise mes pouvoirs, je fais des cauchemars. Je crois que mes pouvoirs me font peur. C’est pourquoi j’ai préféré oublier ce qui s’était passé la veille.

Je suis tout de même allée à l’école. Je me suis préparée comme d’habitude, en parlant avec mes amies. Je suis entrée en classe et je sortais mon cahier quand la directrice de l’école est venue en personne me chercher.

– J’ai besoin de te parler, Selma, m’a-t-elle dit d’un ton grave.

– Mais, ai-je bredouillé, je n’ai rien fait du tout !

– Je le sais, a répondu la directrice d’un ton rassurant. Mais j’ai tout de même besoin que tu me suives.

Je me suis donc dirigée vers son bureau, craignant ce qui allait suivre. Pourtant, j’avais fait tous mes devoirs, je réussissais bien mes examens ! Le directeur n’avait aucune raison de vouloir me rencontrer. Du moins, c’est ce que je croyais.

C’était la première fois que j’entrais dans le bureau de la directrice. Il était assez grand, avec deux chaises et un large bureau. La directrice s’est assise sur l’une des chaises et m’a invité à m’asseoir sur l’autre.

– Il y a quelqu’un qui voudrait te parler, Selma, a débuté la directrice.

J’ai regardé autour de moi. Pourtant, nous étions seules dans le bureau. La directrice a tourné vers moi l’écran de son grand ordinateur. Sur l’écran, on voyait un homme.

– Bonjour Selma, m’a dit l’homme.

Je le connaissais. Je ne l’avais entendu me parler qu’une seule fois, mais sa voix m’avait marquée.

– Vous êtes Le Patron ? Ai-je demandé d’un ton incertain.

– Oui, c’est moi, a-t-il ajouté, surpris que je connaisse son identité.

Je n’ai rien dit de plus. Je savais maintenant pourquoi le directeur désirait me parler. Je n’avais rien fait de mal, j’avais simplement utilisé mes pouvoirs.

– Selma, a continué Le Patron d’une voix posée. Ta directrice t’a remarquée, hier, lorsque tu as utilisé tes pouvoirs. Elle m’a tout de suite contacté. Je me souviens que je t’avais déjà parlé du Quartier Général. Mais tu avais refusé d’y entrer. Ai-je raison de croire que tes pouvoirs te font peur ?

– Je… Ai-je commencé d’une voix faible.

C’était vrai, mes pouvoirs me terrifiaient. J’avais toujours peur de chanter. Si quelqu’un m’entendait, il obéirait immédiatement. Et si cela avait des conséquences ?

– Tu n’es pas obligée de me répondre, a continué Le Patron en voyant que je ne savais pas quoi dire. Je veux seulement que tu saches que, au QG, tu pourrais apprendre à contrôler tes pouvoirs. Tu pourrais les accepter et t’en servir pour protéger la ville d’Aster. Tu n’as pas à me répondre tout de suite. Si tu veux que nous te contactions, tu n’auras qu’à le dire à ta directrice.

Au moment où il a terminé sa phrase, il a coupé la vidéo. L’écran est devenu noir. Je ne savais pas quoi penser. D’un côté, mes pouvoirs me faisaient extrêmement peur. De l’autre côté, la perspective d’apprendre à les contrôler était avantageuse…

– Tu dois retourner en classe pour l’instant, me dit la directrice en coupant ma réflexion. Reviens me voir dès que tu as ta réponse.

Je suis donc retournée en classe. J’ai du faire énormément d’efforts pour me concentrer sur mon enseignante. J’ai réussi à ne pas penser au QG et aux super-héros jusqu’à ce que je sois chez moi. Dans ma chambre, j’ai repensé à la décision que je devais prendre. Peut-être que je pourrais recommencer à chanter sans craindre de faire une bêtise…

***

Le lendemain matin, ma décision était prise. Ce ne serait pas facile, mais j’étais prête à faire tous les efforts possibles. J’étais prête à devenir une super-héroïne.

Je suis partie en avance ce matin-là, pour avoir le temps d’avertir la directrice de ma décision. Je l’ai fait en utilisant tout mon courage. C’était une grande décision que j’avais prise. Mais j’étais fière de moi.

Je suis allée normalement en classe après ma visite à la directrice. J’ai encore une fois mis toute mon énergie à me concentrer sur mon cours plutôt que sur mes pensées. J’ai été soulagée que la journée se termine.

Au moment où je suis entrée dans ma maison, le téléphone a sonné. Je me suis précipitée pour répondre.

– Oui bonjour ? Ai-je dit en contenant mon impatience.

– Selma, ici Le Patron, a-t-il déclaré de sa voix grave. Je suis très heureux de pouvoir te compter parmi nous. Serais-tu prête à commencer dès ce soir ?

– Bien sur, ai-je répondu avec joie. Mais mes parents ?

– Ne t’inquiète pas, m’a-t-il dit d’un ton rassurant. Je les ai déjà avertis. Es-tu prête ?

– Oui, ai-je dit d’une voix posée.

– Très bien, va dans ta penderie, m’a ordonné Le Patron.

Ma penderie ? Mais pourquoi donc ? Est-ce que j’allais tenter de contrôler mes vêtements en chantant ?

– Au Quartier Général, il y a les esprits les plus brillants au monde, a dit Le Patron. Nous avons donc plusieurs inventions scientifique dont personne ne connait l’existence. C’est exactement l’une de ces inventions qu’il y a dans ta penderie. Un portail, plus précisément. Pour te rendre au Quartier Général, tu n’auras qu’à sauter dedans. Tu te téléporteras instantanément jusqu’au QG.

Je n’y croyais pas. Me téléporter ? C’était tout à fait impossible. J’ai tout de même ouvert ma penderie.

J’ai écarté quelques vêtements pour arriver à voir le sol. J’ai lâché un cri de surprise. Par terre, un grand tourbillon bleu. Je n’y croyais pas.

J’ai entendu Le Patron rigoler au téléphone.

– Maintenant, tu n’as qu’à sauter, m’a-t-il confié. À très bientôt Selma !

Et il a raccroché. Vraiment, c’était une habitude de ne pas me laisser poser des questions.

J’ai observé le grand trou bleuté. J’avais confiance en Le Patron. J’ai pris mon courage à deux mains, j’ai fermé les yeux et j’ai sauté.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, à peine une seconde plus tard, ma penderie avait disparu pour laisser place à une immense place, remplie de gens de mon âge. Partout autour de moi, je voyais des gens se lancer de l’eau et du feu, courir à la vitesse de l’éclair. Ils avaient tous des costumes et des masques, pour garder leur anonymat. Je me suis regardée. Mes vêtements ordinaires avaient laissé la place à un sublime costume doré. J’avais l’impression d’être dans un film.

– Salut, m’a dit avec joie Le Patron.

– Re-bonjour ! Lui ai-je répondu avec un grand sourire.

– Ici, tu n’as pas à utiliser ton vrai nom, m’a informé Le Patron. As-tu une idée pour ton nom de super-héroïne ? Je peux te laisser y pens..

– Capella, ai-je dit spontanément.

Je ne sais pas comment le nom m’est venu en tête. Il s’est comme illuminé dans mon cerveau. Je savais que c’était le bon.

– Eh bien, Capella, m’a répondu Le Patron. Bienvenue au QG.

Il m’a fait visiter toute la bâtisse, tellement grande que je n’en croyais pas mes yeux. Il m’a également présentée à plusieurs super-héros : Rapace et sa copine, Gallie, Typhon et son jumeau et beaucoup d’autres. Le Patron m’a aussi montré une salle de musique, où je pourrais m’entrainer.

– Nous avons conçu un casque qui résiste à ta voix, m’a informé Le Patron avec fierté. Tu pourras ainsi t’entrainer avec un professeur de chant, sans qu’il ne t’obéisse.

– Génial ! Ai-je dit avec bonheur.

Je pourrais de nouveau chanter. Simplement pour cela, j’étais certaine d’avoir pris la bonne décision.

***

Cela fait maintenant plus de 3 mois que je m’entraine régulièrement. Je vais à l’école, j’étudie et tout de suite après, Hop ! dans la penderie !

Je suis maintenant capable de contrôler une salle de vingt personnes en chantant. Je suis aussi capable d’atteindre des notes plus aigues que jamais ! J’ai également amélioré mes performances en course. Pour l’instant, je ne m’entraine pas au combat. Selon Le Patron c’est inutile, car mon pouvoir me protège déjà.

Ce samedi soir-là, lorsque je suis arrivée au QG, tous les super-héros étaient muets. J’ai remarqué Le Patron qui, au milieu de tous, commençait un discours.

– Pour ceux qui ne le savent pas encore, a-t-il commencé d’une voix puissante, le gouvernement emploie plusieurs espions. Bien sur, ces espions sont utilisés pour repérer les vilains avant qu’ils ne causent de problèmes. Mais, dernièrement, une espionne particulièrement talentueuse, La Taupe, a changé de clan.

Les super-héros autour de moi ont paru surpris de la nouvelle. C’était très rare qu’une espionne du gouvernement choisisse de devenir un vilain.

– La Taupe s’est enfuie, nous n’avons aucune idée d’où elle est. Elle a en sa possession de très nombreux renseignements secrets. Nous croyons qu’elle tentera de les utiliser pour prendre possession de la ville.

Certains super-héros lâchèrent des cris. Nous devions absolument la mener en prison, qui sait ce qu’elle ferait ?

– J’ai donc choisi un super-héros pour enquêter, a lâché Le Patron. Capella, nous comptons tous sur toi.

– M-Moi ? Ai-je tenté de demander.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Normalement, les super-héros chargés de missions aussi importantes s’entrainaient depuis plus de 5 ans. Moi, je n’étais une super-héroïne que depuis 3 petits mois !

– Oui, a confirmé Le Patron. Ton pouvoir nous sera utile. Les complices de La Taupe lui sont très fidèles. Tu partiras demain matin. Pour te camoufler, tu seras une étudiante qui apprend sur le gouvernement actuel.

– Parfait, ai-je répondu.

J’étais particulièrement fière de m’être exprimée sans bégayer. Et aussi fière d’être chargée d’une mission aussi importante.

Ce soir-là, je me suis couchée en rêvant à ma mission. Quelques heures plus tard, je me suis réveillée toute excitée. J’avais hâte de prouver au Patron qu’il pouvait me faire confiance.

Je me suis habillée normalement, en apparence. J’avais un micro et une oreillette, dissimulés sous mes cheveux. Personne ne pouvait les remarquer.

Ma mère est allée me porter à la mairie assez tôt. Je devais avoir le temps de découvrir un complice de La Taupe. Ce ne serait pas facile.

J’avais déjà une stratégie en tête. Dès que je suis arrivée, je me suis rendue à l’accueil. Il n’y avait presque personne. Tant mieux, j’allais pouvoir interroger la secrétaire sans être remarquée.

Je me suis plantée devant elle et j’ai chanté :

-Dis-moi où se trouvent les espions du gouvernement.

– Ils sont dans l’aile Ouest, a-t-elle répondu avec un regard vide. Mais vous ne pourrez pas entrer. La porte a un code.

Dis-moi quel est le code de la porte de l’aile Ouest, ai-je chanté de ma voix la plus convaincante.

– 2, 8, 5, 4, 9, a-t-elle répondu sans le vouloir.

– Tu vas oublier tout ce que je t’ai demandé dès que je serai partie, ai-je ordonné d’une voix claire.

– J’oublie ce que vous m’avez demandé, a-t-elle répondu avec son regard vide.

Je me suis rapidement éloignée pour me diriger vers l’aile Ouest. Je me suis retournée pour voir comment la secrétaire réagissait. Elle semblait légèrement perdue. Elle a secoué la tête avant de se remettre au travail. Parfait. Je n’aurais pas de problème avec elle.

J’ai marché vers l’aile Ouest, en m’orientant de mon mieux. Je suis finalement arrivée devant une porte, barrée. Un cadran demandait l’entrée d’un code.

J’ai rapidement entré les nombres 2, 8, 5, 4 et 9. La porte s’est ouverte sans problème. Dans la pièce, deux hommes attendaient. Ils ont semblés surpris de me voir. Vite, avant qu’ils ne se méfient.

– L’un de vous connait-il La taupe ? ai-je demandé.

– Non, m’ont-ils répondus de la même voix terne.

– Oubliez que vous m’avez vue, ai-je de nouveau ordonné.

– J’oublie que je vous ai…

Je ne les ai pas laissés terminer leur phrase, je me suis dirigée vers un couloir au hasard.

J’ai marché sans croiser personne jusqu’à arriver à un petit salon. Deux hommes et une femme m’ont dévisagée. Sans leur laisser le temps de réfléchir, j’ai posé la même question.

– L’un de vous connait-il La taupe ? ai-je chanté.

– Non, m’ont répondu les deux hommes d’une même voix.

– Oui, m’a répondu la femme avec un regard vide.

– Dormez, ai-je ordonné aux deux hommes.

Ils se sont endormis sans perdre de temps.

– Quel est son plan et où est-elle, ai-je demandé à la femme en m’approchant d’elle.

– Elle veut prendre possession de la ville. Elle est dans le quartier Est, au 342 rue Beloeil, m’a-t-elle répondu sans le vouloir.

– Réveillez-vous, ai-je ordonné aux hommes. Puis, m’adressant aux trois, Oubliez tout ce qui vient de se passer.

– J’oublie tout ce qui vient de…

Encore une fois, je n’ai pas laissé les trois espions terminer leur phrase. Je suis partie avant qu’ils ne me voient. Cachée dans un couloir, j’ai demandé dans le micro :

– Vous avez entendu ?

– Oui, m’a immédiatement répondu Le Patron. Reviens au QG dès que possible.

– J’arrive, ai-je ajouté avant de repartir vers la sortie.

Sans même prendre le temps de m’arrêter, j’ai lancé au deux hommes du début :

– Oubliez que vous m’avez vue.

– J’oublie que je…

J’étais déjà sortie. J’avais réussi ! J’avais accompli avec succès ma première mission. Je suis sortie de la mairie en sautillant de joie, passant sous le regard innocent de la secrétaire.

Dès que je suis entrée dans le QG, mes vêtements ont laissé leur place à la combinaison dorée de Capella. Je me suis sentie encore plus confiante. Je suis directement allée au bureau du Patron.

– Capella, m’a-t-il dit, nous t’attendions !

En effet, il n’y avait pas seulement Le Patron dans le bureau. Il y avait aussi quatre autres super-héros.

– Tu es de nouveau demandée pour une mission, a ajouté Le Patron en souriant.

– Oh déjà ! Ai-je demandé, surprise.

– Oui, m’a répondu Le Patron. Maintenant que nous savons où se trouve La Taupe, nous n’avons pas de temps à perdre. J’ai peur qu’elle apprenne que nous savons où elle est. Elle pourrait décider de changer de place.

– Alors nous partons immédiatement, ai-je déduit.

– Exactement, m’a-t-il répondu. Vous serez cinq en tout. Cela peut sembler nombreux, mais La Taupe a plusieurs gardes pour la protéger. Vous avez tous des micros, vous pourrez communiquer avec le QG. Avertissez-moi dès que La Taupe est immobilisée.

Nous sommes donc partis rapidement. Une voiture noire nous attendait devant le Quartier Général pour nous conduire à destination.

Je ne connaissais pas énormément les autres super-héros. Le trajet se fit en silence. Nous étions tous angoissés à l’idée de nous battre contre cette dangereuse espionne.

Nous sommes arrivés plus rapidement que je ne le pensais. Je suis sortie la dernière de la voiture.

– Wow, ai-je fait faiblement devant la bâtisse qui se dressait devant nous.

Elle était immense. Un grand bâtiment de seulement deux étages, mais aussi large que la mairie. Les autres super-héros avaient déjà fait des missions sur le terrain, ils sont donc passés devant. Nous avons marché discrètement jusqu’à la porte. Le super-héros à ma droite, Typhon, contrôlait l’eau. Il a précipité un tsunami sur la porte, qui a cédé sous la pression du torrent. Les autres super-héros sont rapidement entrés.

J’allais les suivre lorsqu’une grande barrière est tombée à la place de la porte. Je ne pouvais plus passer.

– Les gars, ai-je demandé au micro, que se passe-t-il ?

– Capella, m’a répondu Typhon, c’est un piège, ils savaient…

Son micro a coupé brusquement. Que devais-je faire ? J’ai essayé de communiquer avec le Quartier Général, mais mon micro ne fonctionnait plus. Je me suis cachée dans un buisson sur le côté de la maison. Je devais réfléchir. Qu’est-ce que je pouvais faire ? Je ne pouvais pas les abandonner !

– Je suis certain qu’il y en avait une autre, a dit une voix grave et menaçante.

Zut ! Ils devaient me chercher. J’ai essayé de voir d’où provenait la voix.

– Pourquoi n’as-tu pas attendu avant de faire tomber la barrière ? lui a demandé une autre voix, celle-ci plus féminine.

Je les avais repérés, ils était devant moi. Ils s’approchaient de mon buisson. J’allais me faire repérer.

– Parce que le premier avançait trop vite, tiens ! a répondu bêtement la voix masculine.

Ils étaient maintenant à quelques pas de moi. Que pouvais-je faire ? Je ne me rappelais même plus mon nom. J’angoissais.

« Stop Selma, ai-je pensé, respire, calme-toi. »

Mon pouvoir ! Il pouvait m’être utile ! Je n’en revenais pas de l’avoir oublié. J’allais vraiment devoir apprendre à gérer la pression. Je me suis levée debout brusquement. J’ai profité de la surprise des gardes pour chanter.

– Ne bougez plus, ai-je chanté pour commencer.

Ils se sont figés contre leur volonté.

– Ouvrez la barrière, ai-je continué d’une voix mélodieuse.

La femme a saisi une télécommande qui se trouvait dans sa poche. Elle a appuyé sur un bouton. La barrière s’est relevée en un clin d’œil. Les super-héros sont rapidement sortis me rejoindre.

Je leur ai pointé les gardes immobiles devant moi. Ils ont compris et ont rapidement mis les casques spéciaux. Je ne voulais pas contrôler mes amis tout de même !

– Conduisez-nous à La Taupe, ai-je ordonné de ma plus belle voix.

Ils se sont mis en marche en même temps. Contrairement à ce que je pensais, ils ne se sont pas dirigés vers la porte. Ils ont plutôt contourné la maison pour se rendre à une petite porte, dissimulée.

L’homme a débarré la porte et nous l’avons suivi en silence.

– Avertissez-nous dès que d’autres gardes s’approchent, ai-je ajouté.

– D’accord, ont-ils répondu sur le même ton neutre.

Ils nous ont conduit à travers un labyrinthe de corridors. J’aurais pu croire qu’ils nous menaient à un piège, mais j’avais confiance en mon pouvoir. Quelques minutes plus tard, ils se sont arrêtés devant une porte cachée. Je ne l’aurais jamais trouvée, elle était presque invisible.

– Il y a d’autres gardes derrière cette porte, m’a averti la garde.

J’ai fait signe aux autres super-héros d’enlever leurs casques.

– Tenez-vous prêts, leur ai-je dit, il y en a d’autres derrière la porte.

Ils ont hoché la tête puis ont remis leurs casques. J’ai fait signe à Typhon et, de nouveau, il a ouvert la porte grâce à un violent tsunami. Dès que la porte s’est ouverte, je suis entrée.

Il y avait plus d’une cinquantaine de gardes. J’ai angoissé de nouveau. Je n’avais jamais réussi à contrôler plus d’une vingtaine de personnes. J’ai regardé les super-héros derrière moi. Ils étaient prêts à tout pour réussir. Je ne les laisserais pas se blesser. J’étais capable de le faire.

J’ai pris une grande inspiration et j’ai fermé les yeux.

– Ne bougez plus, ai-je chanté le plus fort possible, en mettant toute mon énergie dans ces deux mots.

Je me concentrais à un point tel que je n’ai pas vu les autres super-héros agir. Lorsque j’ai ouvert les yeux, tous les gardes étaient immobilisés dans des blocs de glace, dans des prisons de feu ou endormis. J’ai remercié les autres super-héros de leur aide. Nous avions réussi, nous étions sauvés.

Il ne restait plus que les deux gardes du début. Tous les autres étaient hors d’état de nuire.

– Dites-moi où est La Taupe, ai-je chanté aux deux gardes.

– Juste derrière toi, m’ont répondu les deux gardes d’une même voix.

– Arrêtez de bouger, ai-je chanté le plus rapidement possible.

J’ai senti un souffle juste derrière moi. Je me suis retournée en un sursaut.

Juste derrière moi, se tenait une femme blonde. Ses yeux étaient si colériques qu’ils en faisaient peur. J’ai remarqué son poing serré dans les airs. Il se trouvait à quelques centimètres d’où était ma tête quelques secondes plus tôt.

Je l’avais échappé belle. J’ai appelé le Quartier Général immédiatement, pour les informer de notre victoire. Quelques secondes plus tard, Le Patron entrait dans la pièce pour amener La Taupe en lieu sur.

J’étais si fière de moi ! Cinquante gardes en même temps, c’était davantage que ce que j’espérais. Je me suis tournée vers les autres super-héros. Nous avions tous le même grand sourire sur le visage.

Je me suis rappelée la Selma d’il y a trois mois. J’avais tant hésité à accepter mes pouvoirs. C’était une grande décision avec beaucoup de conséquences dans ma vie. Mais je n’avais jamais été aussi heureuse d’avoir osé prendre le risque. Le résultat en valait définitivement la peine.

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