224 – Noémie – Cyclone

Si vous entrez dans la ville d’Aster, tout vous semblera normal. Mais il ne faut pas vous fier aux apparences.

Il y a de cela douze années, une pluie d’astéroïdes a touché la ville. Ces astéroïdes, très spéciales, provenaient d’une galaxie lointaine, dont on ne connait toujours pas l’existence.

Trop occupés à réparer les dégâts, nous n’avons pas remarqué ce que ces astéroïdes emmenaient avec elles. Mais quelques semaines plus tard, certains ont soudainement eu des comportements étranges. Certains contrôlaient tout à coup le feu, d’autres étaient capables de voler.

Mais nous avons remarqué que ces nouveaux pouvoirs touchaient aussi les vilains de la ville. C’est ainsi que se créa le Quartier Général, QG pour les intimes. Un regroupement de super-héros qui protègent les citoyens d’Aster. Nous avons, au moment où j’écris cette lettre, réussit à arrêter plus d’une centaine de vilains, prisonniers dans la prison municipale.

Notre secret ? Notre escouade d’adolescents. Ils sont plus rapides, plus intelligents et plus courageux que les adultes. La raison est simple, ils étaient dans le ventre de leur mère au moment de la pluie d’astéroïdes. Ils sont donc rapidement devenus des super-bébés, puis des super-héros avec des pouvoirs mille fois plus puissants que tous ceux des vilains de cette ville. Et je sais de quoi je parle, j’en suis un.

Le Patron,

Directeur du QG depuis 2006

***

 

– Aïe !

Ma sœur Marie vient tout juste de me renvoyer le ballon de soccer, directement dans la figure. Ça fait plus mal que ça en a l’air, croyez-moi.

Mais bon, vous ne voulez pas m’entendre me plaindre tout le long de cette histoire non ? Alors, recommençons du début.

Je m’appelle Noémie et j’ai douze ans. Je suis plutôt calme et un tout petit peu peureuse, parfois. Mais ma soeur et moi, nous nous rassurons.

Vous avez déjà entendu parler de la pluie d’astéroïdes ? Je fais partie des chanceux qui ont reçu un petit cadeau. Je suis capable de contrôler l’eau. Je peux en faire absolument ce que je veux ! Et ce n’est pas tout. Ma sœur jumelle, Marie a également un pouvoir. Elle, elle contrôle le feu. Nous nous entendons très bien. Nous sommes des jumelles identiques. Pas seulement en apparence, nous nous ressemblons tellement que nos parents sont les seuls à nous distinguer. En fait, nous nous complétons. Je suis la tête et elle est les bras. Autrement dit, je réfléchis et elle réagit !

Oh j’oubliais ! Pour une raison étrange, nous sommes capables de nous parler pas télépathie. Personne ne sait pourquoi, même pas les scientifiques du Quartier Général.

Le Quartier Général, c’est l’endroit où tous les super-héros peuvent enfin être eux-mêmes ! Plus besoin de cacher ses pouvoirs pour ne pas être reconnus. Je peux même marcher sur l’eau, tout le monde trouve ça normal. Au Quartier Général, on m’appelle Cyclone, c’est mon nom de super-héroïne. Je l’ai choisi quand j’avais 9 ans. C’est à ce moment là que j’ai découvert mes pouvoirs.

J’ai regardé autour de moi, il faisait plutôt froid. Il n’y avait personne au parc. Cela voulait dire que…

« Tu veux qu’on joue au super-soccer ? Me demanda mentalement Marie, lisant mes pensées. »

Nous avions inventé ce jeu dans notre jeunesse. En fait, c’est du soccer, mais nous avons le droit d’utiliser nos pouvoirs magiques.

« Allez, commence avec le ballon, que je gagne, lui répondis-je en souriant.»

« On verra bien… Attention à ton visage soeurette, a-t-elle ajouté en riant.»

Je lui ai lancé le ballon en retenant un rire. Marie l’attrapa et le posa sur le sol. Elle jeta un coup d’œil autour de nous pour être certaine que personne ne pouvait nous voir. Tout à coup, elle me lança une boule de feu à toute vitesse, en dribblant avec le ballon.

Malgré ce que vous pouvez en penser, jusque là, tout était normal. Mais au moment exact où la boule de feu quitta sa main, Marie a disparu dans le sol.

« Marie ? Demandai-je en pensée. Où es-tu passée ? »

« Je n’en ai aucune idée, me répond-t-elle d’une voix lointaine. Mais n’utilise pas tes pouvoirs, je suis certaine que c’est ce qui m’a fait tomber. »

Même pour la ville d’Aster, c’était assez étrange, un trou qui s’ouvrait sous les pieds de ma soeur au milieu d’un parc. Ça sentait le vilain à plein nez.

« Où as-tu atterri ? Demandai-je à ma soeur tout en courant vers le quartier général. »

« Je ne vois pas exactement où je suis, c’est sous terre. Je ne pourrai pas te parler longtemps. Me répondit ma jumelle. Je pense que c’est la faute d’un vilain.»

« J’arrive au quartier général, l’informai-je. Nous allons venir te sauver ! »

J’avais bien dit que ça sentait le vilain non ? Lorsque j’entrai au quartier général, mes vêtements normaux devinrent les vêtements de Cyclone. J’ai utilisé mes pouvoirs pour surfer sur l’eau à toute vitesse jusqu’à ce que je trouve Le Patron. Le Patron, c’est celui qui dirige le quartier général. Il pourra sauver Marie.

– Patron ! Criai-je, à bout de souffle.

Il se retourna vers moi. Il avait le visage de celui qui savait déjà ce que je venais lui annoncer.

-Ta soeur aussi ? Me questionna-t-il de sa voix neutre.

-Un trou s’est ouvert sous ses pieds au moment où…

-Elle a utilisé ses pouvoirs, compléta Le Patron, sans paraître surpris.

-Exactement ! Confirmais-je, surprise de sa réponse. Comment le savez-vous ?

-Elle n’est pas la première, me répond-t-il de sa voix calme. Aujourd’hui, plus d’une dizaine de super-héros ont disparu.

– Mais comment est-ce possible ? Demandais-je.

Un super-héros qui disparait, c’est déjà très inquiétant. Mais plus de dix ? Cela relevait de la catastrophe.

-Un vilain du sud de la ville, Volcano, semble à l’origine de ces disparitions, m’informa Le Patron.

-Mais pourquoi fait-il cela ? Et comment ? Demandai-je à toute allure, cherchant des informations pour ma soeur. Et…

-Du calme Cyclone, me coupa-t-il du voix ferme. Tu es en contact avec ta soeur n’est-ce pas ?

-Oui. Répondis-je rapidement, empressée d’aider Marie.

-Alors tout va bien pour elle ! Essaya de me rassurer Le Patron. Bon, d’après nos informations, Volcano possède un pouvoir impressionnant. Il prend le pouvoir de celui qu’il touche.

-Ce serait donc pour cela qu’il essaie d’attraper des super-héros ? Demandai-je, faisant rapidement le lien entre toutes ces informations. Il veut davantage de pouvoirs ?

-Oui, me confirma Le Patron, surpris que j’aie compris si vite.

-Et, poursuivis-je, les trous qu’il crée dans le sol sont en fait des portails ? (IMAGE) Oh, ajoutai-je immédiatement, est-ce que Porta aurait disparu ?

Porta était une super-héroïne qui possédait le pouvoir de créer des portails. J’étais presque certaine qu’elle pouvait faire des trous dans le sol.

-Oui et oui, appuya-t-il à nouveau. Je suis étonné que tu aies compris si vite Cyclone. C’est très impressionnant.

-Merci beaucoup Patron, répondis-je rapidement. Mais je n’avais plus le temps de lui parler, Marie était peut-être en danger !

-Tu me sembles assez vieille maintenant pour être responsable d’une mission, me confia-t-il d’un ton professionnel.

-Moi ?

J’ai oublié ma sœur pendant une seconde. Partir en mission était une chose, en diriger une en était une autre. Vous vous souvenez que j’ai dit, au tout début, que j’étais légèrement peureuse ? Bien à ce moment-là, je l’étais vraiment. J’étais terrorisée.

-Oui toi, me confirma Le Patron, sans remarquer mon teint plus blanc que d’habitude.

-Mais, bégayai-je. Et si j’échoue ? Et Marie ? Et tous les autres qui comptent sur moi ? Et…

-Tu seras excellente, m’interrompit à nouveau Le Patron. Je te donne quelques informations supplémentaires ?

-Euh…

Cela voulait dire que j’avais une mission ? Réellement ? Zut de flûte, comment est-ce que j’allais faire ?

-Oui s’il-vous-plait, répondis-je tout de même, consciente que cela m’aiderait.

-Nous savons que Volcano avait un frère, Cataclysme. M’informa-t-il rapidement de sa voix calme. Nous l’avons capturé il y a peu de temps. Nous devons absolument arrêter Volcano pour l’empêcher de libérer son frère.

Encore plus de responsabilités sur mes épaules. Décidément, Le Patron n’avait pas remarqué ma terreur absolue de cette mission de sauvetage.

-Le problème, ajouta-t-il, est que nous ignorons où se trouve Volcano.

-Je vais trouver une solution, promis-je, consciente que ma sœur comptait sur moi.

-Parfait, répondit Le Patron sans sembler remarquer mon trouble.

Je sortis du Quartier Général par l’un des nombreux passages secrets. Il y en a énormément, mais je ne peux pas vous les dévoiler. Sinon ce ne serait plus des passages secrets vous comprenez ? Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que je suis sorti par les toilettes d’un petit restaurant.

Mes habits de Cyclone redevinrent les vêtements de Noémie. Je lâchai un soupir. Comment pouvais-je réussir une telle mission ?

« Noémie ? M’interrogea mentalement Marie. »

« Marie ! Hurlai-je mentalement de joie. »

« Je dois déjà partir, me répondis Marie, sa voix de plus en plus lointaine. Je compte sur toi soeurette. »

Toute ma terreur disparut d’un seul coup. Je devais être courageuse, pas seulement pour moi, mais pour Marie. Un plan se forma dans ma tête. Je savais ce que je devais faire.

Je me rendis au parc, celui-là même que j’avais quitté il y avait à peine une heure. Il était toujours désert. Sans aucune crainte, je me suis enveloppée d’une armure de glace. Eh oui, la glace est faite d’eau. Je la contrôle aussi. Mais Volcano, lui, ne le saurait pas. En une seconde, un portail s’ouvrit sous mes pieds et j’atterris sur un gros coussin.

« Marie ? Demandais-je rapidement. »

« Noémie ? Répondit ma jumelle, surprise de ma proximité. »

« Tiens toi prête, lui dis-je avant de me concentrer sur mon environnement.»

J’étais dans une petite pièce grise souterraine, toujours protégée de mon armure de glace. Il y avait une porte juste devant moi. Ce matin-même, je n’aurais jamais eu le courage d’ouvrir la porte, mais je devais sauver Marie.

Je tirai rapidement sur la poignée. La porte s’ouvrit facilement et j’entrai dans un étroit couloir métallique. Presque au même moment, deux gardes me saisirent les poignets. Ils m’immobilisèrent sans grande délicatesse.

-Tiens-toi tranquille, me dit le premier. Nous avons des seaux d’eau chaude pour faire fondre ta glace.

-Tu ne peux rien contre nous, rigola le deuxième, certain de son pouvoir.

En effet, comment pouvaient-ils savoir que je ne contrôlais pas seulement la glace ? Mon plan fonctionnait comme sur des roulettes. J’aurais voulu contacter Marie pour lui en faire part, mais, aussi près de Volcano, je n’osais pas.

Les deux gardes me firent traverser de nombreux couloirs, jusqu’à arriver devant une grande porte munie d’une fenêtre. À travers la fenêtre, je reconnaissais les visages de nombreux super-héros de ma connaissance. Porta, dans un coin et, juste à côté d’elle, Marie. Je lui fis un rapide clin d’œil.

Avant d’ouvrir la porte, l’un des gardes me vida un seau d’eau chaude sur la tête. Probablement certain de m’empêcher d’utiliser mes pouvoirs. Ils attendirent que la glace fonde.

Lorsque le deuxième garde ouvrit la porte, j’étais prête. Utilisant toute l’eau répandue sur mon corps, je projetai deux grosses vagues d’eau sur mes assaillants. Ils rebondirent sur le mur du couloir, assez loin pour que je puisse ouvrir la porte en grand, laissant sortir mes amis.

-Noémie, ça t’en a pris du temps ! Me taquina Marie, le sourire aux lèvres.

Je rigolai avec elle quelques secondes, avant de prendre les choses en mains.

-Porta, tu peux créer un portail ?

-Maintenant que nous sommes hors de la prison, oui, me répondit-elle.

-Très bien, emmène tout le monde au QG, lui ordonnai-je, et dit au Patron de se tenir prêt, je lui envoie Volcano très bientôt.

-Parfait, me répondit-elle avant de disparaître dans un trou du mur, suivie des autres super-héros.

Il ne restait que moi et Marie, plus unies que jamais.

-Sais-tu où se trouve Volcano ? Lui demandai-je.

-Je crois bien pouvoir le trouver ! me dit-elle. Suis-moi.

Nous nous sommes mises à courir dans les corridors. Jusqu’à ce que nous rencontrions une dizaine de gardes, à l’angle d’un couloir. Sans prendre la peine de ralentir, je leur ai rapidement lancé des boules d’eau à la figure. J’ai remarqué les boules de feu de ma jumelle, atteignant l’autre moitié des gardes.

« Beaux tirs, me félicita-t-elle joyeusement. »

« Je te retourne le compliment, lui répondis-je avec un sourire en coin. »

Marie m’a pointé un couloir à droite et je l’ai suivie à la course. De nouveau, des gardes tentèrent de nous empêcher de passer. Mais Marie projeta une flamme orange en même temps que mon jet bleuté. C’était toujours ainsi, nous n’avions même pas à nous parler. Nous faisions toujours la même chose.

Nous sommes arrivées à une grande porte dorée. Qui semblait sortie de nulle part, au milieu des murs grisâtres.

-Je dois te dire que Volcano a maintenant mes pouvoirs, m’informa Marie, se doutant bien qu’il s’en servirait contre nous.

-Ne t’inquiète pas, lui répondis-je. Je m’en occupe.

Nous avons poussé la lourde porte. Dans la pièce, une grande salle blanche sans fenêtres, se tenait un grand homme. Il se retourna brusquement, offusqué d’avoir été dérangé. Sa bouche s’ouvrit brusquement sous l’effet de la surprise. Pas de doute, c’était Volcano.

-J’ai une surprise pour vous, lui lançai-je. Vous n’êtes pas le seul à tenir à votre famille.

Je lus la crainte dans ses yeux, alors qu’il tentait de nous différencier sans réussir.

-Gardes ! Hurla-t-il.

Par une porte dissimulée, des dizaines de gardes entrèrent au pas de course. Sans nous consulter, ma jumelle et moi savions exactement quoi faire. Dans ces moments d’adrénaline, notre télépathie était constante. Je voyais à l’avance ce que Marie allait faire, tout comme elle lisait ce que je projetais de faire. Je me dirigeai vers la partie droite des gardes, sachant que Marie prenait la gauche.

Je la perdis rapidement de vue, dans la foule de gardes qui courait vers nous. Devant la vingtaine d’ennemis devant moi, je décidai de rassembler toute l’eau se trouvant dans la pièce. Chaque goutte contenue dans l’air ou dans un verre fut amenée en une grande boule devant moi. Avisant un garde qui s’élançait vers moi, je lui lançai une boule d’eau si rapidement qu’il en perdit connaissance. J’en emprisonnai un autre dans une bulle d’eau qui l’emmena au plafond avant de le lâcher. Au même moment, un puissant jet d’eau en déséquilibra deux autres. Je cognai leurs têtes entre elles grâce à deux grandes mains faites d’eau. Une de ces mains gifla un autre ennemi, qui fut projeté vers le mur. J’évitai un coup de pied vers ma tête et lançai de la glace sur mon adversaire.

J’en avais mis une bonne dizaine par terre, pourtant, il y en venait toujours de nouveaux. J’eus une excellente idée. Je fis lever l’eau devant moi, telle un mur épais, l’élevant de plus en plus jusqu’à ce qu’il atteigne le plafond.

« Marie ? pensai-je. »

« Maintenant, me répondit-elle. »

Lorsque tous les gardes furent derrière le grand mur d’eau, je le lançai sur eux. Comme je l’avais prévu, le grand mur de feu à l’opposé de la pièce se jeta sur eux au même moment. Le choc créa un bruit sourd.

Ils étaient désormais tous par terre. À l’exception d’un seul. Protégé par une barrière de feu, Volcano combattait ma sœur par ses propres pouvoirs. Je récupérai toute l’eau et, lançant mes bras vers l’avant, elle se dirigea vers le vilain. Formant une grande bulle autour de celui-ci.

-Non ! Hurla-t-il, prisonnier.

-As-tu une idée d’où se trouve la sortie ? Demandai-je à Marie

-Ici ! Me répondit Porta, entrant dans la pièce par un portail.

Elle a couru vers nous, suivie du Patron, qui avançait d’un pas léger.

– Voici un portail vers la prison municipale, lança-t-elle gaiement.

Un trou apparu sous la bulle d’eau. Je fis disparaitre la bulle d’un seul coup et Volcano tomba immédiatement dans le portail. Il lâcha un grand cri de déception.

-Tu as réussi Noémie, me dit Le Patron. Tu as su faire preuve de courage pour sauver ta sœur !

Nous avons réussi, le corrigeai-je. Je n’aurais pas été capable seule.

-Je suis tout de même fier de toi, répondit Le Patron d’un ton paternel.

-Moi aussi soeurette, ajouta Marie avec un grand sourire.

Je pris un moment pour me féliciter en moi-même. C’est vrai, j’avais vaincu mes craintes. Pour ma sœur, mais pour moi aussi. J’étais certain que j’aurais moins peur lors de la prochaine mission. En fait, je n’avais même pas peur de penser qu’il y en aurait une prochaine. C’était une nette amélioration !

 

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